30.11.20

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J'ai besoin de plumes, de coups de vent, de papillons et de lumière
De trous dans l'atmosphère, où l'on tombe en se tenant le coeur
J'ai besoin du mystère d'un craquement de branches dans les feuilles
De trisses, de nuages en jachère
Que les doigts de l'homme ne labourent pas
Des nuages de passage
Qui traversent les yeux
Pour y pleurer de joie
J'ai besoin d'air 
J'ai besoin d'un éclair
Déchirant d'or le ciel
D'une blessure éphémère
D'où des sequins d'eau pure
Feraient des trombes sonnantes
Des danses trébuchantes
En brisant sur l'asphalte des morceaux de miroirs
J'ai besoin de tourbillons d'écume
Galonnant les dos ronds de rocheuses baleines
De ruisseaux abandonnés à la caresse des rais
J'ai besoin d'entrer les chevilles, le ventre et les mains dans la rivière
Laisser courir ma chevelure avec le courant vert translucide
Entre les bêtes préhistoriques
Qui s'en vont boire sur le sable
Les coquillages des lacs salés
J'ai besoin de la mer 
J'ai besoin des chemins, des cailloux, des chairs d'ocre effritées
Qui colorent la peau de la mémoire des pierres
J'ai besoin de pas et de poussière
Des fractures parfumées qui fendent la montagne
Des lézards figés comme des fossiles
Et qui soudain s'éclipsent en un battement de cils
J'ai besoin de la boue et de l'argile
Des racines affleurant à la commissure des ornières
J'ai besoin de la terre J'ai besoin d'une main dans la mienne
Non pas d'un inconnu
Celle d'une histoire ancienne
Peut-être d'avant moi
Une main douce et de poids
Qui aurait son pesant d'avoir été morte un jour
Mais qui aurait ressuscité en effleurant l'amour
J'ai besoin d'un visage sur mon ventre
Dont les lèvres aimantes boiraient à mon nombril
L'encre indélébile
Dont elles se signeraient
Avant de quitter leur église
J'ai besoin de ta voix qui porte le silence
Quand je ne le peux pas
J'ai besoin de ta chair
Et j'ai besoin de toi

A.M.Carulina Celli

19.11.20

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On peut rêver
De partir.
On peut rêver
De rester.
Le mieux
Est de partir dans le rester
Comme le soleil,
Comme la source,
Comme les racines.

E.Guillevic

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Ce soir, j'imagine que je suis dans un bateau à voiles, en pleine mer. 
Les journées de lumière se raccourcissent, l'air se rafraîchit, il fait route vers le nord.
Il y a des jours sans vent, en arrêt en latitude et en longitude, des jours épinglés par un collectionneur de papillons.
Aujourd'hui, c'était un de ces jours-là.
J'ignore tout de ce voyage, je ne sais ni où ni quand aura lieu l'accostage sur la terre ferme. Ce qui compte pour moi c'est que les jours aient un sens, avec une proue qui glisse lentement en avant en compagnie du temps.

Erri De Lucca

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Il faudra beaucoup d’amour
pour se redresser au milieu du chaos
ne pas vaciller au bord des plaies
Il faudra beaucoup d’amour et du courage
à se tendre vers le jour qui vient
Il faudra beaucoup d’amour
pour se garder vivants.
On dit que la corneille est morte
et qu’il n’est plus le temps
des chemins et des buissons d’odeur
ni du café de l’Ormeau où j’attendais Camus
du vin rosé à me faire l’accent, à me faire heureuse
des amis à se parler fort.
Il fait pourtant cet infini bleu
sur mon Rocher du Bout
et le jour à peine écrit s’essouffle déjà.
Ils ne viendront plus, je le sais
lui, l’oiseau et ses poèmes à me faire chavirer
à renverser le ciel.
J’ai mis ma petite robe rouge
celle à faire siffler le vent et j’attends.

  P. RYCKEWAERT

16.11.20

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Pourquoi est-ce que je t'écris ?
Parce que j'en ai envie.
Et parce que je ne veux pas atteindre en silence la septième vague.
Oui, ici on raconte l'histoire de l'implacable septième vague.
Les six premières sont prévisibles et équilibrées.
Elles se suivent, se forment l'une sur l'autre, n'amènent aucune surprise.
Elles assurent une continuité.
Six départs, si différents qu'ils puissent paraître vus de loin, six départs - et toujours la même arrivée.
Mais attention à la septième vague Elle est imprévisible.
Elle est longtemps discrète, elle participe au déroulement monotone, elle s'adapte à celles qui l'ont précédées
Mais parfois elle s'échappe.
Toujours elle, toujours la septième vague.
Elle est insouciante, innocente, rebelle, elle balaie tout sur son passage, remet tout à neuf.
Pour elle, il n'y a pas d'avant, mais un maintenant.
Et après, tout a changé.
En bien ou en mal? Seuls peuvent en juger ceux qui ont été emportés, qui ont eu le courage de se mettre face à elle, de se laisser entraîner.

D. Glattauer La septième vague

 

15.11.20

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Il ne se souvient plus;
qui au juste l’aima 
et l’éclaire de loin

 pour qu’il ne tombe pas...

R.Char


7.10.20

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Je dis vague en caresse  
Je me sirène en toi et je m’échoue en soie
J’emplie l’abysse de mes pas sages
Je vague en nos demains 
Je m’onde et j’enlace les flots à nous noyer

Ev

5.10.20

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 Et la vague s’est faite certitude ;
la chute d’une feuille n’empêchera pas le retour du printemps.
Flux et reflux
Souffle et sève
La vie se coule dans les entrées infimes de chaque espace ouvert
puis s’abreuve à la source d’une graine oubliée.

Ev

23.9.20

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Le poème se déplie lentement
comme du papier de soie
pour ne rien froisser
entre elle et lui
juste défaire les liens
se pencher au dedans de l’autre
et saisir quelque chose.
Elle voudrait chuchoter
des mots de femme
de muse et de sorcière
tout ce qui est à naître d’elle
et vient dans l’encre.
L’enivrer comme l’absinthe
et ce sucre fondu dans la cuillère
lui chanter l’émoi et l’amer
l’absence et l’éther
et pleurer avec lui sur Verlaine
et ses Saturniens blêmes.
Mais elle n’a pas d’emprise
sur ses paysages
et ses souvenirs bohèmes.
Peut-être le porter à bout de ciel
dans cette petite chambre sans lilas
et lui parler du limon et des racines
de la lumière des collines du Luberon.

  P. Rickewaert


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A mes mots qui résistent
A mon souffle essoufflé
A mes mains qui se tendent
A mon corps qui s’arrime 
à toi
A nos peaux qui se régénèrent
A nos cœurs qui s’ébattent
Aux ombres qui s’estompent
A la lampe qui s’éclaire 
sur toi
A nos résolutions qui se perdent
Au temps qui s’invente
A l’espace qui s’évente
Au trop plein qui jaillit
 de toi

Ev

22.9.20

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Je feins l’adulte, mais, secrètement,
je guette toujours le scarabée d’or,
et j’attends qu’un oiseau se pose sur mon épaule,
pour me parler d’une voix humaine
et me révéler enfin le pourquoi et le comment. 

Romain Gary



19.8.20

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Approche, ne crains rien. J'ai enserré mes piquants dans un voile de duvet



3.8.20

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Tu as assemblé les pièces du puzzle et ça a fini par faire une vie.
Tu as accordé les couleurs, encastré les bonheurs, tu t’es arrangé avec les épreuves.
Tu as ajusté les contours, tu as associé les saisons, tu t’es inventé des modèles.
Un jour peut-être, tu penseras que le jeu est terminé.
Alors tu détacheras un à un les différents morceaux

...Et tu recomposeras un homme

        Ev



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Nous sommes un matin
Arraché à la nuit
Par un invincible soleil 

Nous sommes une source
Qu’aucune pluie n’abreuve
Mais qui ne tarit pas

Nous sommes un fil tendu
Toujours en vibration
Malgré l’usure du temps

Nous sommes un chemin
Sans bornes et sans traces
Qui se prend d’aventure

Nous sommes sillons
Nous sommes sillage

Nous sommes d’un pays
Dont les frontières s’effacent
A mesure que l’on n’arrive jamais

 Ev



11.7.20

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La consolation de ce monde, c’est qu’il n’y a pas de souffrances continues. Une douleur disparaît, une joie apparaît.

A.Camus

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Un mot n’est pas un clou
Qu’on pique sur la plage et qui, là, reste seul,
Egaré sur le blanc au milieu d’autres mots

Un mot
C’est plein de mains
Qui cherchent à toucher

Un mot, ça va
A la recherche d’autres mots
Pour quelque chose
Ça veut dire, ça veut
Se gonfler de paroles
Où le silence a déposé

Un mot, ça veut servir
A relier les choses

Un mot, ça veut marcher
Aussi vite et plus vite
Que le temps, puisqu’il marche
Et que tout ce qui va moins vite
Est malade et rogné par le rien peu à peu

Un mot n’est pas un clou
Qu’on plante ici ou là
Pour marquer un passage

Un mot, ça peut
Vouloir jouer, mais pas un jeu
Sans conséquence

Un mot, un autre mot
Pas n’importe quel mot
Celui qui fait
Qu’on voit plus fort et qu’on avance
Avec plus de courage
En regardant les choses

E. GUILLEVIC_terre à bonheur



5.7.20

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qu'avons-nous préservé
au fond du regard
qu'avons-nous compté
avec nos pas nos forces

qu'avons-nous fait
du petit tas des heures
innombrables
du cerf-volant de nos vies ?

trop près de ce qui meurt
trop près d'une joie qui apeure

 M. Fargier-Caruso

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A cause peut être de certains instants
on cherche des yeux
une clé pour l’habitable

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Transformer le banal, épuiser l’éphémère
....et faire germer sur le talus des fleurs sans tige par la seule force de l’imagination

16.6.20

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La route est large et vide. L’aube va poindre dans quelques heures. Un autre jour, encore un autre, chargé de possibilités exceptionnelles et de probable banalité. Le choix. Le choix est tout et il n’est rien. L’histoire peut bien tourner ou virer à la tragédie. Mais la route est toujours là, elle, et que cela nous plaise ou non, nous devons la parcourir.
Comment nous la négocions ? Qui nous découvrons en chemin ?  L’amour est sans cesse la quête fondamentale, car que signifie une route sans destination concrète ? De quelle façon pourrions nous maintenir cette avancée impétueuse mais toujours moins aisée sans quelqu’un pour ralentir la course effrénée, pour lui donner un peu de sens, pour conférer un but crédible à ce périple ?
Il y a la route. Le jour suivant. Ce qui se profile à l’horizon. L’espoir d’une révélation et la crainte qu’elle ne se présente plus jamais à vous. Le besoin de se dire que la vie vaut pour ses actes 2 et la nécessité de continuer. La solitude au cœur de la condition humaine et le désir de la rompre, de rencontrer, d’échanger, et la peur inhérente à la rencontre à l’échange. Et au milieu de ces forces discordantes, il y a aussi l’instant.
L’instant qui peut tout bouleverser ou ne rien changer. L’instant qui nous induit en erreur ou nous révèle enfin qui nous sommes, ce que nous cherchons, ce que nous voulons obstinément approcher et qui restera peut-être à jamais hors d’atteinte.
Peut-on vraiment échapper à l’instant ?

D.Kennedy


15.6.20

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Ce qui n'est pas mais qui existe
Au creux de ses amours d'enfance
Ou bien ailleurs, mais assez loin
Pour avoir l'air de ne plus être
La chronologie se balance
Ce rien qui, un instant, hésite

Ce qui aurait pu
Si d'autres moments
Si d'autres amours ou d'autres passantes
Ce que le hasard fait de l'existence
Ce que les regards contiennent parfois
Ce qui a été
Ce qui n'a pas pu
Ou bien qu'on savait

Ce qui s'évapore et revient
Du plus profond de son oubli
Et qui était en fait au bord de la mémoire
Il y a ce qui nous retient de nos errances
Ce qu'on a fait de soi, de rien
Ce qu'on a laissé du hasard
Sur le chemin

Ce qu'on croyait et qui existe
Ce qu'on a cru a existé
Ce qu'on a pas vu tout de suite
Ce qu'on s'interdit

Ce qui aurait pu si un autre jour
Si on avait dit...
Ce qu'on aurait dit si un autre jour...
Ce qu'on aurait pu

Il suffit d'on ne sait
Quel hasard en quel lieu
Et c'est un autre hasard
Sait-on ce qui s'enfuit

Ce qui s'en va
Ce qui n'est pas mais qui existe
Ce rien qui, un instant, hésite

Ce n'est qu'une histoire
De minutes et de vent
Quand on rate un moment
On y laisse sa vie

M.Vincenot

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La lumière de l'aube blanchit les angoisses de l'éternel recommencement. Que faire de tout ce temps que le nouveau jour fait naître? S'il faut ne vivre que pour soi, autant attendre la nuit prochaine pour se perdre dans les ténèbres de l'absurde.
Mais il est des soleils qui ouvrent les horizons de l'autre et le mettent en lumière. Quand l'ombre devient moindre, c'est le coeur qui grandit. Et je me sens vivant à marcher au milieu de tous, presque inutile parfois mais la main qui se tend, l'oreille qui écoute savent le miracle de la vie partagée et des histoires nouvelles.

Joël Grenier


21.5.20

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"- Que faut-il faire? dit le petit prince.
- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus.
…Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près"

19.5.20

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Pas une chose au monde qui ne soit nuage. 
Nuages, les cathédrales, pierre imposante et bibliques verrières, qu’aplanira le temps. 
Nuage l'odyssée, mouvante, comme la mer, neuve toujours quand nous l’ouvrons. 
Le reflet de ta face est un autre, déjà, dans le miroir et le jour, un labyrinthe impalpable.
Nous sommes ceux qui partent. 
Le nuage nombreux qui s’efface au couchant est notre nuage. 
Telle rose en devient une autre, indéfiniment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.

 J. L. Borges


15.5.20

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De tout , il resta trois choses:
La certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu’il fallait continuer,
la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé.
Faire de l’interruption, un nouveau chemin,
faire de la chute, un pas de danse,
faire de la peur, un escalier,
du rêve, un pont,
de la recherche…
une rencontre.

Fernando Pessoa

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Dernier Baiser.
Cri de couleur défiant l’orage,
La fleur a vécu
Elle sait qu’elle va mourir.

Mais les baisers de printemps
Sont remplis de promesses,
Le vert du blé se changera en or,
Le bleu éclipsera le gris
Et dans l’appel du soir,
Tache de souffle dans le ciel noir,
Persistera le mirage rouge
Du désir.

Ev

8.5.20

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Sache-le, quoi qu’il arrive
ces poèmes déposés
formulent un pan de terre
inscrit pour que tu gardes
quelque chose du sable

De ce qu’il a du roc
malgré l’effritement

Il arrivera peut-être
que la révolte emporte

Que les lignes se brisent
soudain décalcifiées

Alors, repose-toi
ne cesse jamais d’aimer
et n’écoute pas les autres

Et ne m’écoute pas

Un beau matin le chant
redeviendra le tien

Il sera Terre rare.


S. bataillon

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Vous devriez ne pas la connaître, l’avoir trouvée partout à la fois, dans un hôtel, dans une rue, dans un train, dans un bar, dans un livre, dans un film, en vous-même, en vous, en toi, au hasard de ton sexe dressé dans la nuit qui appelle où se mettre, où se débarrasser des pleurs qui le remplissent.

Vous pourriez l’avoir payée.

Vous auriez dit : Il faudrait venir chaque nuit pendant plusieurs jours.

Elle vous aurait regardé longtemps, et puis elle vous aurait dit que dans ce cas c’était cher.

Et puis elle demande : Vous voulez quoi ?

Vous dites que vous voulez essayer, tenter la chose, tenter connaître ça, vous habituer à ça, à ce corps, à ces seins, à ce parfum, à la beauté, à ce danger de mise au monde d’enfants que représente ce corps, à cette forme imberbe sans accidents musculaires ni de force, à ce visage, à cette peau nue, à cette coïncidence entre cette peau et la vie qu’elle recouvre.

Vous lui dites que vous voulez essayer, essayer plusieurs jours peut-être.
Peut-être plusieurs semaines.
Peut-être même pendant toute votre vie.

Elle demande : Essayer quoi ?
Vous dites : D’aimer.

Marguerite Duras

6.5.20

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Balancier, zéro irréel ou nombre du temps,
de l'avant et de l'après.
De l'avant
de quoi, de qui, de quand,
et de l'après
de quel mot jamais posé d'abord.

Balancier immobile.
Zéro.
Le passé contient déjà tant d'après
et tant d'avant qui ne sont jamais nés.

J.A.Valente 


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Qu’on regarde au dehors, le dedans vous reprend.
On voudrait être au monde, on ne sait qu’échapper.
Et tous ceux-là qu’on croise et voudrait arrêter 
ont le pas trop rapide et sont pris par l’élan.

Qui parle des lointains évoque une autre vie.
Et c’est pour mieux tromper ce sentiment de n’être 
qu’en exil ici-bas, un voyageur peut-être 
mais qui ne pèse pas et reste sans appui.

Nous avons des manies de vivants qui s’absentent, 
qui pour prendre enfin pied s’accrochent à des leurres 
en faisant reculer l’horizon qu’ils s’inventent.

Partir est toujours une façon d’être là,
lever l’ancre encore un rêve de pesanteur,
et c’est pour aller plus loin qu’on ne s’en va pas.

M. Baglin 


16.4.20

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On se croit retranché du monde...il suffit de quelques pages éblouissantes sous le soleil du matin, pour qu'on sente en soi fondre cette résistance.
Ainsi de moi.
Je prends conscience des possibilités dont je suis responsable. Chaque minute de vie porte en elle sa valeur de miracle et son visage d'éternelle jeunesse.
Albert Camus,

13.4.20

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Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s'élancer et de se rejoindre.
Notre voix court de l'un à l'autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient, l'interroge.
Tout est prétexte à la ralentir.

Souvent je ne parle que pour toi, afin que la terre m'oublie.

René CHAR/ Lettera amorosa

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S'il te faut des trains pour fuir vers l'aventure
Et de blancs navires qui puissent t'emmener
Chercher le soleil à mettre dans tes yeux
Chercher des chansons que tu puisses chanter
Alors...
S'il te faut l'aurore pour croire aux lendemains
Et des lendemains pour pouvoir espérer
Retrouver l'espoir qui t'a glissé des mains
Retrouver la main que ta main a quittée
Alors...
S'il te faut des mots prononcés par des vieux
Pour justifier tous tes renoncements
Si la poésie pour toi n'est plus qu'un jeu
Si toute ta vie n'est qu'un vieillissement
Alors...
S'il te faut l'ennui pour te sembler profond
Et le bruit des villes pour saouler tes remords
Et puis des faiblesses pour te paraître bon
Et puis des colères pour te paraître fort
Alors...
Alors tu n'as rien compris

J.Brel


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Il y a ces choses qui se replient
ferment leurs ailes,
La stricte déférence du mot « fin ».
On devine parfois les destins
A des lueurs mouvantes.
Ou bien la seule fêlure d’une vitre
dessine la toute dernière image.
Ceux qui vont de l’avant un jour ou l’autre se retournent
Inquiets d’avoir oublié une page.
L’immobilité n’est-elle pas aussi passagère que la hâte ?
La gloire monte au ciel une fumée
que l’on s’empresse d’écarter
pour mieux voir l’épaule blanche en bas du cadre

J.L.Steinmetz



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Le temps qui passe
Le temps qui ne passe pas
Le temps qu'on tue
Le temps de compter jusqu'a dix
Le temps qu'on n'a pas
Le temps qu'il fait
Le temps de s'ennuyer
Le temps de rêver
Le temps de l'agonie
Le temps qu'on perd
Le temps d'aimer
Le temps des cerises
Le mauvais temps
Et le bon et le beau
Et le froid et le temps chaud
Le temps de se retourner
Le temps des adieux
Le temps qu'il est bien temps
Le temps qui n'est même pas
Le temps de cligner de l'oeil
Le temps relatif
Le temps de boire un coup
Le temps d'attendre
Le temps du bon bout
Le temps de mourir
Le temps qui ne se mesure pas
Le temps de crier gare
Le temps mort
Et puis l'éternité
P. Soupault