8.12.08

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Les mots dormaient.
Ils s’étaient posés sur les branches des arbres et ne bougeaient plus. Nous marchions doucement sur le sable pour ne pas les réveiller. Bêtement, je tendais l’oreille : j’aurais tant voulu surprendre leurs rêves. J’aimerais tellement savoir ce qui se passe dans la tête des mots. Bien sûr, je n’entendais rien. Rien que le grondement sourd du ressac, là-bas, derrière la colline. Et un vent léger. Peut-être seulement le souffle de la planète Terre avançant dans la nuit.
Nous approchions d’un bâtiment qu’éclairait mal une croix rouge tremblotante
Voici l’hôpital, murmura Monsieur Henri
Je frissonnai.
L’hôpital ? Un hôpital pour les mots ? Je n’arrivais pas à y croire. La honte m’envahit.Quelque chose me disait que, leurs souffrances nous en étions, nous les humains, responsables. Vous savez, comme ces Indiens d’Amérique morts de maladies apportées par les conquérants européens
Il n’y d’accueil ni d’infirmiers dans un hôpital de mots ; Les couloirs étaient vides. Seule nous guidaient les lueurs bleues des veilleuses. Malgré nos précautions, nos semelles couinaient sur le sol
Comme en réponse, un bruit très faible se fit entendre. Par deux fois. Un gémissement très doux. Il passait sous l’une des portes, telle une lettre qu’on glisse discrètement, pour ne pas déranger
Monsieur Henri me jeta un bref regard et décida d’entrer
Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : "Je t’aime "
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Trois mots reliés chacun par un tuyau de plastique à un bocal plein de liquide.
Il me sembla qu’elle nous souriait la petite phrase
Il me sembla qu’elle nous parlait
- je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose
- allons, "Je t’aime ", lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied
- C’est un peu dur la nuit. Le jour, les autres mots viennent me tenir compagnie
"Un peu fatiguée ", "un peu dur"..."Je t’aime' ne se plaignait qu’à moitié, elle ajoutait des " un peu" à toutes ses phrases
- Ne parle plus. Repose-toi, tu nous as tant donné, reprends des forces, nous avons trop besoin de toi.
Et il chantonna à son oreille le plus câlin de ses refrains

- Viens Jeanne, maintenant. Elle dort. Nous reviendrons demain
- Pauvre « je t’aime ». Parviendrons nous à la sauver ?

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"Je t’aime". Tout le monde dit et répète " je t’aime ". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres en racontant des mensonges,. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver

Eric Orsena (La grammaire est une chanson douce)
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5 commentaires:

menfin a dit…

mignon tout plein ce texte...et tres vrai

bérangère a dit…

je suis une mauvaise élève, je l'emploie tt le temps !

juillev a dit…

Menfin: oui,il m'a touchée. Je l'ai lu sur la quatrième de couverture et du coup, j'ai acheté le livre!

Bérangère: Rassure toi, moi aussi!

Minijupe a dit…

Je sens l'aide de photoshop dans cette photo...

juillev a dit…

Minijupe: Non! c'est une croix qui est venue se mettre toute seule sur ma photo! Tu sais, des fois il se passe des choses bizarres!