8.2.19

.


Que dire de ce désir
Si lent
Si long
Né dans l'inné des profondeurs
Surgi, oui
Presque innocent
Et invisible
Indivisible aussi

Que dire au désir né
Son aube est dans ta main
Joyau brillant
Mais balle aussi
Pour jongler fort et haut

Que dire de ce désir
Tenu au loin
Mais fier encore
Il te regarde
Te cueille sans te prendre jamais
Il est présent
Ange tentateur et démon protecteur
Lui, c'est toi

Que dire, dis-moi, que dire
Au désir qui transpire en déluges secrets
Campé là sans conquête
Et doux, si doux à tant vouloir de toi

L'appeler de ton nom
L'apaiser de ton rire
L'apprivoiser à ton sourire
Et lui dire au creux de ses paumes sauvages
Un mot de feu, de joie et de douleur

Viens....


 Leïla Zhour

.


Et nous n'échangerons pas
Le quartz d'ici
Contre les diamants du ciel

Ici la vie vécue
Ici le rêve perdu
Ici le chant enfoui
Ici le rythme rompu
Que nous avions jetés au vent
-à quel âge ingrat?

Que les cristaux de roche
Ont conservés intacts

A notre insu


François Cheng

17.1.19

.


Un simple souffle, un noeud léger de l'air,
une graine échappée aux herbes folles du Temps, 
rien qu'une voix qui volerait chantant
à travers l'ombre et la lumière,

S'effacent-ils : aucune trace de blessure.
La voix tue, on dirait plutôt, un instant,
l'étendue apaisée, le jour plus pur.
Qui sommes-nous, qu'il faille ce fer dans le sang ?


Philippe Jaccottet


15.1.19

.



Je fore,
Je creuse.

Je fore
Dans le silence

Ou plutôt
Dans du silence,

Celui qu’en moi
Je fais.

Et je fore, je creuse
Vers plus de silence,

Vers le grand,
Le total silence en ma vie

Où le monde, je l’espère,
Me révélera quelque chose de lui.

Guillevic


.



C’est juste ce qu’il faut d’or pour attacher le jour à la nuit, cette ombre (ou ici cette lumière) qu’il faut que les choses portent l’une sur l’autre pour tenir toutes ensemble sans déchirure. C’est le travail de la terre endormie, une lampe qui ne sera pas éteinte avant que nous ne soyons passés.

Philippe Jaccottet

14.1.19

.



De quoi le temps te change-t-il ?
Enfant, tu restais muet devant le canevas d'une araignée la neige clandestine venue de nuit à pas de loup, de feuilles mortes
Aujourd'hui en tête à tête avec ta fenêtre tu écris des mots dont tu fais provision de clarté
Ton cœur ne cesse de battre semelle au seuil de chaque jour
La rosée te prête ses yeux pour lire dans le ciel sans ride et dans les mains loyales de la terre ce qu'a d'inouï
Cette humble vie.

G.Baudry


.




"Dans le sud, on offre le linge au vent pour lui tenir compagnie, les voiles lui piquent une traversée"
Erri De Luca


.



11.11.18

.


Le voyage des corps est silencieux.
On dirait des oiseaux sans un bruit
qui glissent sur la vitre. Une main
les accompagne parfois, un geste.
La peau est bleue.

Le temps s'est arrêté. Le cœur bat:
il remplit la chambre. Le souffle
cherche le souffle, les visages
sont au bord de l'oubli.
 Retiens-moi, dit la voix, garde-moi
dans ta soif, deviens l'instant qui brûle,
le vide qui me commence.
Fais tomber les images.

Elle parle. On n'entend pas.
Les corps n'ont plus de bouche.
Ils flottent, mais il n'y a pas d'eau.
De l'air, peut-être, une lueur
sur la vitre. On ne voit pas.

J.Ancet

.


Qui tu te rêves entoure-le de grands murs
Puis, où le jardin est visible
Depuis la grille de la porte
Plante les fleurs les plus joyeuses,
Pour qu’on t’imagine ainsi.
Là où personne ne le voit ne mets rien.
Fais des parterres pareils à ceux des autres,
Que les regards puissent entrevoir
Ton jardin comme tu leur montreras.
Mais où tu es toi-même, sans que jamais personne ne le voie
Laisse les fleurs qui du sol grandissent
Et laisse les herbes naturelles prospérer.
Fais de toi un être double bien gardé;
Et que quiconque voit et regarde ne puisse plus
Savoir de quel jardin tu es –
Un jardin ostensible et réservé,
Derrière lequel la fleur native touche
L’herbe si pauvre que toi-même à peine ne la vois.

Fernando Pessoa

10.11.18

.


Ne pas se séparer du monde. On ne rate pas sa vie lorsqu'on la met dans la lumière.
Tout mon effort, dans toutes les positions, les malheurs, les désillusions,
c'est de retrouver les contacts.
Et même dans cette tristesse en moi quel désir d'aimer et quelle ivresse
à la seule vue d'une colline dans l'air du soir.
Contacts avec le vrai, la nature d'abord, et puis l'art de ceux qui ont compris,
et mon art si j'en suis capable.
Sinon, la lumière et l'eau et l'ivresse sont encore devant moi,
et les lèvres humides du désir.
Désespoir souriant.
Sans issue, mais exerçant sans cesse une domination qu'on sait vaine.
L'essentiel : ne pas se perdre,
et ne pas perdre ce qui, de soi, dort dans le monde.

Albert Camus Carnets I Cahier I Mai 1936

5.11.18

.


A quelle roche
Se mesurer
Les doigts entaillés
De parois sombres
Et profondes
Le cœur obscurci ?
Au centre du noyau
La lumière s’écartèle
Repousse les parois

Fissures
Et voix


V.Canat de Chizy, Fissures et voix,

3.11.18

.


longue pluie d'automne
la cascade est pleine de larmes
les arbres se taisent


31.10.18

.


L'imagination, ça consiste à raconter les petits bouts de poésie qui nous sont offerts par le réel.
D. Pennac


29.10.18

.



Saisir un peu de la beauté du monde
quand la montagne qui s’éveille
hésite entre l'ombre et la lumière
comme on ouvre un rideau
sur le soleil naissant

Saisir un peu du mystère de nos vies
quand le lac pensif au fond du paysage
hésite entre gris vert ou bleu gris
comme pour suspendre un temps
la fraîcheur de l’aurore

Ecarter l’ombre, garder le bleu
et dans la chambre jaune
saisir ta main et choisir la lumière

Ev

27.10.18

.



vent d'octobre
au creux des vagues blanches
une feuille égarée



.


Il n’y aura entre elle et vous que ce qu’il y a entre les gens, parfois, qui existe sans jamais atteindre les consciences, sans jamais arriver nulle part dans le monde : un amour de nulle part. Un amour de nul amour. On ne sait pas comment le nommer. On peut dire l’amitié, si on veut. C’est un des mots les plus proches. On peut dire aussi le début de l’automne, la faiblesse des lumières dans le ciel, l’invisible paysage. 

Christian Bobin

.



Les sommets ne sont pas des endroits où on peut habiter. Ils sont inhabitables. Les sommets ce sont des impasses parce qu’on ne peut plus avancer, il faut descendre, se retirer, comme dans toutes impasses. C’est une impasse très panoramique, bien entendu, mais reste la moitié du voyage qui se complète, quand, un alpiniste comme moi, revient au point de départ.
Erri De Luca

.



Pas une chose au monde qui ne soit nuage. 
Nuages, les cathédrales, pierre imposante et bibliques verrières, qu’aplanira le temps. 
Nuage l'odyssée, mouvante, comme la mer, neuve toujours quand nous l’ouvrons. 
Le reflet de ta face est un autre, déjà, dans le miroir et le jour, un labyrinthe impalpable.
Nous sommes ceux qui partent. 
Le nuage nombreux qui s’efface au couchant est notre nuage. 
Telle rose en devient une autre, indéfiniment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.

Jorge Luis Borges / Les Conjurés

26.10.18

.


Dans l’avenir à découvert
Comme dans une larme de feu
Où rien ne va à la cendre
Où rien ne va au remords
On comprend qu’il y a de l’or
Qui règne sous la peau
Et une vague violente qui n’espérait que ça

André Velter ( Avec un peu plus de ciel)



25.10.18

.


J’ai derrière le ciel un ciel pour revenir, mais
Je continue à polir le métal de ce lieu, et je vis
Une heure qui discerne l’invisible. Je sais que le temps
Ne sera pas par deux fois mon allié, et je sais que je sortirai de ma
Bannière, oiseau qui ne se pose sur nul arbre

Mahmoud Darwich

24.10.18

.




Quand le ciel atteint le profond de l'eau qui tremble,
il n'y a plus d'en haut, il n'y a plus d'en bas,
juste un instant de sérénité




19.10.18

.


Mais quand je marche seul
sur les rochers ou les prés marins
c’est le silence qui s’illumine
et je ne pense ni à la culture
ni même à la subsistance
il n’est question
que d’aller plus loin au-dehors
toujours plus loin au-dehors
vers l’extrême ligne de lumière.

Kenneth White, Un monde ouvert,

8.9.18

.


Entre la foi et l’incrédulité, un souffle,
entre la certitude et la doute, un souffle.
Sois joyeux dans ce souffle présent où tu vis,
car la vie elle-même est dans le souffle qui passe.

Omar Khayam
.

6.1.18

.


Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut alors prendre un voilier : le cap  (le foc bordé à bord et la barre dessous) qui le soumet à la dérive du vent et de la mer ou la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévus, imposée par les compagnies de transports maritime.
... Vous connaissez sans doute un voilier nommé «  désir ».

                                                                                                      H.Laborit

23.12.17

.


De quoi le temps te change-t-il ?
Enfant, tu restais muet devant le canevas d'une araignée la neige clandestine venue de nuit à pas de loup, de feuilles mortes
Aujourd'hui en tête à tête avec ta fenêtre tu écris des mots dont tu fais provision de clarté
Ton cœur ne cesse de battre semelle au seuil de chaque jour
La rosée te prête ses yeux pour lire dans le ciel sans ride et dans les mains loyales de la terre ce qu'a d'inouï
Cette humble vie.

G.Baudry

16.12.17

.


J'adhère à la réversibilité des choses
Je crée des fleurs sans tiges
et des proportions sans mesure 
par ma seule volonté d’affirmer 
au bout de la course 
l’invraisemblable présence d’une caresse 
sur l’épaule droite du bonheur

Bluma Finkelstein


.


Il y a des poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux, qui ne boivent pas la rosée des fleurs, qui ne se penchent pas sur la source, qui n’aiment pas les jeunes filles à l’instant du bourgeon.
Ils ont un visage dur et une odeur d’hiver qui dédaignerait la neige.
Ils parlent de chevaux, de labours, d’humbles herbes, d’enfants sans jouets.
L’amour y semble caché mais apparaît soudain aux trous de l’étoffe avec son insolent éclat de toujours.
Ils sont avides comme des rustres. Ils ont de grosses mains. Leur rire est triste. Ils grelottent. Ils ont faim. Ils donnent à manger. Le sang coule d’eux, frais, rouge et vite noir, luisant comme un long regard échappé.
Les poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux ont une santé à briser le monde.
Il leur arrive de montrer vraiment l’intérieur du corps qui est rouge et l’intérieur de l’âme qui est noir et vide.


Gil Pressnitzer 

.

(Photo C.Gore)
Regards de sang et d'eau vive
D'attachement ou de haine
D'absence ou d'intime présence

Regards de feu ou de froid
De diamant ou de sable
De paix de guerre
De misère ou de joie

Regards du voyeur ou de l'aveugle
Egarés ou fixes
Fuyants ou séducteurs

Chaque regard est poème
Romance triste quête du graal
Pas un regard ne se ressemble
Dans les bras serrés du désir

Face à la mort
Aux yeux crevés

J.L.Maxence

.

Peut-être dans l'assoiffé, l'obscur, le rapide
déchirement du jour
t'es-tu peu à peu changé en autre chose
limitrophe de toi,
pas toi.
Tu ne te
retrouves pas 
si tu reviens à tâtons
au corps qui fut le tien,
au lieu où avait brûlé
jusqu'au blanc du rêve
le métal de l'amour.
Dépose ton visage
qu'à présent tu ne connais plus.
Laisse fuir tes paroles,
libère-les de toi
et passe lentement
sans mémoire et aveugle,
sous l'arc doré
qu'étend là-haut le vaste automne
comme un hommage posthume aux ombres


J.A. Valente

.

...
Ce qu'il y a on n'en sait rien
un soleil sans doute sur le point de
disparaître l'éblouissement
avant la nuit de ce qui se perd
toujours ou au contraire
l'éclat de ce qui vient la neige au matin
un silence plein de cris d'enfants
qu'on ne voit pas mais qu'on sent tout près
là comme un souffle entre deux instants

J.Ancet

.


Ne vous laissez pas abuser. Souvenez-vous de vous méfier. Et même de l'évidence: elle passe son temps à changer. Ne mettez trop haut ni les gens ni les choses. Ne les mettez pas trop bas. Non, ne les mettez pas trop bas. Montez. Renoncez à la haine: elle fait plus de mal à ceux qui l'éprouvent qu'à ceux qui en sont l'objet. Ne cherchez pas à être sage à tout prix. La folie aussi est une sagesse. Et la sagesse, une folie. Fuyez les préceptes et les donneurs de leçons. Jetez ce livre. Faites ce que vous voulez. Et ce que vous pouvez. Pleurez quand il le faut. Riez.
J'ai beaucoup ri. J'ai ri du monde et des autres et de moi. Rien n'est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra. Et je mourrai moi aussi. La vie est belle.

J.D’Ormesson

3.12.17

.

Ne me possède pas
ne me divise pas
Apprends-moi qui je suis
Laisse-moi une parole libre
mon seul bien
des mots anciens
Respecte en moi
mes pensées girouettes
mes tâtonnements
Ne protège pas mes peurs
Laisse-moi m'interroger
sans me répondre
laisse-moi inventer l'irréel
Laisse-moi oser
réaliser l'irréalisable
ma parole est moi
même si elle me trahit parfois
au malhabile des mots
Offre-moi
de découvrir et de dire
tout ce que je ne sais pas
encore.

J.Salomé

29.11.17

.


Nous sommes revenus à notre origine.
Ce fut le lieu de l'évidence, mais déchirée.
Les fenêtres mêlaient trop de lumières,
les escaliers gravissaient trop d'étoiles
qui sont des arches qui s'effondrent, des gravats,
le feu semblait brûler dans un autre monde.
Et maintenant des oiseaux volent de chambre en chambre,
les volets sont tombés, le lit est couvert de pierres,
l'âtre plein de débris du ciel qui vont s'éteindre.
Là nous parlions, le soir, presque à voix basse
à cause des rumeurs des voûtes, là pourtant
nous formions nos projets : mais une barque,
chargée de pierres rouges, s'éloignait
irrésistiblement d'une rive, et l'oubli
posait déjà sa cendre sur les rêves
que nous recommencions sans fin, peuplant d'images
le feu qui a brûlé jusqu'au dernier jour.

Y.Bonnefoy

.


La vie en somme
M’aura donné de tout
A satiété

Poil à gratter
Poudre à éternuer
Et d’escampette

Et la sagesse
D’aller sans cesse ailleurs
Cerner
Gratter
Creuser le vide

Le vide seul en fin de compte
N’a pas changé
Le vide seul

Aussi j’y tiens...
P. Vencensini  ..

28.11.17

.


Roule, roule, sort à deux têtes, 
roule, houle profonde, 
sortie des planètes de nos corps retrouvés. 

Soleil pour les retards, 
sommeil d'ébène, 
sein de mon fruit d'or. 

Etendus, 
nous embrassons l'orage, 
nous embrassons l'espace, 

nous embrassons le flot, le ciel, les mondes, 
tout avec nous aujourd'hui tenons embrassé, 
faisant l'amour sur l'échafaud.


H.Michaux

.


Egarés dans la poussière d'un sillon
Vieux tracés oubliés
Nous regardons les larmes
De l'arrière-paysage

L'oeil du monde
Sa nuit captive

Tu vois,
tout se joue à l'instant des murmures
quand la glaise s'embrase
aux feux de nos cicatrices.

Mathieu Baumier

.


Je n’aurai pour tout dire 
Écrit sur mon chemin 
Que mon incertitude 
La buée qui recouvrait la vitre 
Et peut-être la vitre 
Mais jamais la fenêtre 
Et jamais le chemin .

P. Vincensini

.


Le premier homme de la préhistoire qui composa un bouquet de fleurs fut le premier à quitter l'état animal ; il comprit l'utilité de l'inutile.
Okakura Kakuzo

24.10.17

.



Combien de ports pourtant, et dans ces ports
combien de portes, t'accueillant peut-être.
Combien de fenêtres
d'où l'on voit ta vie et ton effort.

Combien de grains ailés de l'avenir
qui, transportés au gré de la tempête,
un tendre jour de fête
verront leur floraison t'appartenir.

Combien de vies qui toujours se répondent ;
et par l'essor que prend ta propre vie
en étant de ce monde,
quel gros néant à jamais compromis.


Rainer Maria Rilke

30.6.17

.



...Je laisse à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance...celle-là au creux moite d'un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l'oiseau, la voile, le vent et la vague. 
Tu gardes la plus tenace: une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau... 
Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plus rien de moi, jusqu'au jour où mes pas s'arrêteront et où s'envolera de moi une dernière petite ombre... 
Qui sait où?

Colette

29.6.17

.



De chute en chute
de silence en silence
tu tends les mains en vain.
Les eaux se séparent
et tu tombes dans la poussière
du désert. Tu viens toujours
de naître.

De brûlure en brûlure
de soleil en soleil
tu tends la main en vain.
les cœurs se séparent
et tu tombes dans la matière
du vide. Tu viens toujours
de naître.

De rêve en rêve
de réveil en réveil
tu tends la main en vain.
Les vies se séparent
et tu tombes dans les abysses
de l'absence. Tu viens enfin
de naître.


Alain Suied

.


Il ressemblait à l'absolu
J'ai tiré dessus.
Les plombs étaient en vérité
La poudre était en volupté
Je l'ai raté.

C.Pozzi

10.5.17

.


Cette roue sous laquelle nous tournons 
Est pareille à une lanterne magique 
Le soleil est la lampe ; le monde, l'écran ; 
Nous sommes les images qui passent.

Omar Khayyam

10.4.17

.


Vous demandez comment le sentiment d'aimer pourrait survenir. 

Elle vous répond : Peut-être d'une faille soudaine dans la logique de l'univers. 
Elle dit : Par exemple d'une erreur. 
Elle dit : jamais d'un vouloir. 
Vous demandez : Le sentiment d'aimer pourrait-il survenir d'autre chose encore ? 
Vous la suppliez de dire. 

Elle dit : 

De tout, 
d'un vol d'oiseau de nuit, d'un sommeil, 
d'un rêve de sommeil,
 de l'approche de la mort, 
d'un mot, 
d'un crime, 
de soi, 
de soi-même, 
soudain sans savoir comment .

Marguerite Duras

7.4.17

.


Voyager ne sert pas beaucoup à comprendre mais à réactiver pendant un instant l'usage des yeux : la lecture du monde.
I.Calvino

Test tirage tableau photo réalisé par:   http://www.saal-digital.fr/
Je recommande ce site pour la très bonne qualité des produits 

1.3.17

.


Bonjour à toi
Le jour advient

Et se surprend
Et se souvient

_Frayeur soumise
douleur vaincue_

Et se fait don
Bleu ébloui.

F. Cheng

.


Je me souviendrai de ta fragile révolte
Je me souviendrai de ta robe de bal
Le déguisement de ta beauté démasqué déjà
Et tout entière dans la peine immense de t’être
trompée peut-être de jeunesse
Je me souviendrai du bal où tout était masqué sauf le
masque
Je me souviendrai de ta robe verte et rouge qui pleurait
dans tes yeux
Je me souviendrai du glas de la profonde misère

J. Prevel

14.2.17

.


Tu n'es que par ce que tu transmets et non par ce que tu crois être.

D. Pons (Aux sources de la présence) 

6.2.17

.



Et si demeure
Autre chose qu'un vent, un récif, une mer,
Je sais que tu seras, même de nuit,
L'ancre jetée, les pas titubant sur le sable,
Et le bois qu'on rassemble, et l'étincelle
Sous les branches mouillées, et, dans l'inquiète
Attente de la flamme qui hésite,
La première parole après le long silence,
Le premier feu à prendre au bas du monde mort.


Y.Bonnefoy