19.6.19

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Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
À l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger.

Aragon


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Tu m’as reçu comme le jour reçoit
les premières rumeurs de l’aube,
tu m’as dit que derrière le soleil
des poèmes prenaient racine, tu
m’as parlé d’oiseaux perdus,
de fleurs inapaisées, tu m’as dit
qu’une source jouait dans les replis
de ta mémoire – et je t’ai cru,

je t’ai suivi sous la neige qui
venait de tomber sur le jardin muet,
je me suis serré contre toi, sans
crainte, sans efforts, avec le souvenir
d’étreintes passées qui m’avaient
tant charmé, je suis entré en toi,
tu m’as reçu comme la nuit
reçoit le frisson des étoiles, comme
le silence appelle le silence jusqu’aux
frontières de l’échange, comme
tout se résout dans ce qui nous attend.


R.Rognet

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De chute en chute
de silence en silence
tu tends les mains en vain.
Les eaux se séparent
et tu tombes dans la poussière
du désert. Tu viens toujours
de naître.

De brûlure en brûlure
de soleil en soleil
tu tends la main en vain.
les cœurs se séparent
et tu tombes dans la matière
du vide. Tu viens toujours
de naître.

De rêve en rêve
de réveil en réveil
tu tends la main en vain.
Les vies se séparent
et tu tombes dans les abysses
de l'absence. Tu viens enfin
de naître.

Alain Suied

17.6.19

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Ciel. Miroir de perfection. Sur ce miroir tout au fond, c’est comme si je voyais une porte s’ouvrir. Il était clair, elle était encore plus claire.
Pas de clochers. Mais, dans toute l’étendue, l’heure de l’éternité qui bat dans des cages de buée

P.Jaccottet

14.6.19

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Vers le soir
Abandonne-toi
à ton double destin:
Habiter le coeur du paysage
Et faire signe
aux filantes étoiles

F.Cheng



11.6.19

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Dans une valise idéale 
on peut ranger tout l'univers
la troupe engloutie des étoiles
une seule fourmi
un seul amour

Dans un poème on peut ranger
tout le non-avenir
qu'on voudrait faire exister

Serge Pey


14.5.19

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Dernier Baiser,
Cri de couleur défiant l’orage.
La fleur a vécu
Elle sait qu’elle va mourir.

Mais les baisers de printemps
Sont remplis de promesses.
Le vert du blé se changera en or,
Le bleu éclipsera le gris
Et dans l’appel du soir,
Tache de souffle dans le ciel noir,
Persistera le mirage rouge
Du désir.

Ev

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Nous plongions nos mains dans le langage,
Elles y prirent des mots dont nous ne sûmes
Que faire, n’étant rien que nos désirs.
Cette eau, notre espérance.
D’autres sauront chercher à plus profond
Un nouveau ciel, une nouvelle terre.

 Y. Bonnefoy

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Quand le vent entre en transe
la fleur en perd la tête

7.5.19

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Toi qui sais
Parle-nous de lilas
Ou de magnolias
Nous qui retenons les noms
Sans saisir la voie du don
De la sève qui gonfle en secret 
            chaque grappe chaque pétale
Toi qui sais
Apprends-nous à être
Pure couleur pure senteur
Rejoignant de cercle en cercle
Toutes couleurs toutes senteurs
            dans l’abandon à la résonance
Toi qui nous renvoies 
            à notre nom
Apprends-nous à être
Racine de l’oubli
            et fleurs de l’absence

François Cheng

 

14.4.19

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De tes yeux aux miens 
le soleil s'effeuille  
De tes rêves aux miens 
la parole est brève
Le long de tes plis printemps 
l'arbre pleure sa résine
Et dans la paume de la feuille 
je lis les lignes de ta vie


Tristan Tzara

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Qu’on regarde au dehors, le dedans vous reprend.
On voudrait être au monde, on ne sait qu’échapper.
Et tous ceux-là qu’on croise et voudrait arrêter 
ont le pas trop rapide et sont pris par l’élan.

Qui parle des lointains évoque une autre vie.
Et c’est pour mieux tromper ce sentiment de n’être 
qu’en exil ici-bas, un voyageur peut-être 
mais qui ne pèse pas et reste sans appui.

Nous avons des manies de vivants qui s’absentent, 
qui pour prendre enfin pied s’accrochent à des leurres 
en faisant reculer l’horizon qu’ils s’inventent.

Partir est toujours une façon d’être là,
lever l’ancre encore un rêve de pesanteur,
et c’est pour aller plus loin qu’on ne s’en va pas.

M.Baglin

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Et si les mots s’avèrent parfois impuissants à communiquer un moment de « vraie vie », à faire partager ce qui est apparu comme une connaissance vive, puissent-ils du moins témoigner d’un immense désir de lumière partageable 

L.Gaspar

8.4.19

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S'il te faut des trains pour fuir vers l'aventure
Et de blancs navires qui puissent t'emmener
Chercher le soleil à mettre dans tes yeux
Chercher des chansons que tu puisses chanter
Alors...

S'il te faut l'aurore pour croire aux lendemains
Et des lendemains pour pouvoir espérer
Retrouver l'espoir qui t'a glissé des mains
Retrouver la main que ta main a quittée
Alors...

S'il te faut des mots prononcés par des vieux
Pour justifier tous tes renoncements
Si la poésie pour toi n'est plus qu'un jeu
Si toute ta vie n'est qu'un vieillissement
Alors...

S'il te faut l'ennui pour te sembler profond
Et le bruit des villes pour saouler tes remords
Et puis des faiblesses pour te paraître bon
Et puis des colères pour te paraître fort
Alors...

Alors tu n'as rien compris

J.Brel


7.4.19

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Je choisis de vous aimer en silence
Car en silence je ne trouve aucun rejet.
Je choisis de vous aimer dans la solitude
Car dans ma solitude, personne ne vous appartient, sauf moi.
Je choisis de vous adorer de loin
Car la distance nous protège de la douleur,
J'ai choisi de vous garder dans mes pensées
car dans mes pensées j'ai la liberté de décider
Je choisis de vous embrasser dans le vent
Car le vent est plus doux que mes lèvres
Je choisis de vous tenir dans mes rêves
Car dans mes rêves, il n' y a pas de fin

Jalaluddin Rûmi 


19.3.19

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Notre obstination d’aller dans la lumière.
Cette force que nous ne pouvons pas dénuder.
Tout ou rien.

Lorand Gaspar

13.3.19

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Ce qui doit être sera…
Quel est cet Autre dont je suis l’écho ? De quelle matière suis-je constituée ? Quelle est cette mémoire lointaine qui me rend si proche de tous ceux en désespérance d’une absence inconsolée ? Hier, en cherchant à relier les étincelles éparses de mes si nombreux absents, j'ai soudain cessé d'être en errance intérieure, pour accepter enfin de prendre pleinement ma place dans le chant du monde.
Ma place, qui est aussi celle de l'Autre... Dans cette nuit agitée qui a précédé ces mots tracés dans une nouvelle évidence, avec ce qui est en devenir d’être sens et affirmation de mes fondations originelles, j’ai enfin ressenti le sens premier du mot reliance.
Reliance... Non pas abandon de ce qui nous entrave, mais acceptation de se libérer de ce qui fut, ce qui aurait pu être, pour bâtir les fondations de ce qui sera.
Et c'est de cela, de ce sentiment d'appartenance-là, dont j'avais le désir de témoigner aujourd'hui, par ces quelques mots adressés à tous ces Autres, connus ou inconnus, qui constituent la trame de notre Humanité en marche.
Ainsi, ce qui doit être sera….bientôt!

Sarah Oling

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Il faut vieillir. Ne pleure pas, ne joins pas des doigts suppliants, ne te révolte pas, il faut vieillir. Répète-toi cette parole, non comme un cri de désespoir, mais comme le rappel d’un départ nécessaire...
Éloigne-toi lentement, lentement, sans larmes ; n’oublie rien ! Emporte ta santé, ta gaîté, ta coquetterie, le peu de bonté et de justice qui t’a rendu la vie moins amère ; n’oublie pas ! Va-t’en parée, va-t’en douce, et ne t’arrête pas le long de la route irrésistible, tu l’essaierais en vain, – puisqu’il faut vieillir ! Suis le chemin, et ne t’y couche que pour mourir. Et quand tu t’étendras en travers du vertigineux ruban ondulé, si tu n’as pas laissé derrière toi un à un tes cheveux en boucles, ni tes dents une à une, ni tes membres un à un usés, si la poudre éternelle n’a pas, avant ta dernière heure, sevré tes yeux de la lumière merveilleuse – si tu as, jusqu’au bout gardé dans ta main la main amie qui te guide, couche-toi en souriant, dors heureuse, dors privilégiée

Colette

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C'est tout ce que nous aurions voulu faire et n'avons pas fait,
Ce qui a voulu prendre la parole et n'a pas trouvé les mots qu'il fallait,
Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret,
Ce que nous pouvons toucher et même creuser par le fer sans jamais l'atteindre,
Ce qui est devenu vagues et encore vagues parce qu'il se cherche sans se trouver,
Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait,
Ce qui est devenu sillage de quelques secondes par goût fondamental de l'éternel,
Ce qui avance dans les profondeurs et ne montera jamais à la surface,
Ce qui avance à la surface et redoute les profondeurs,
Tout cela et bien plus encore,
La mer.

J.Supervielle (oublieuse mémoire)

8.2.19

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Que dire de ce désir
Si lent
Si long
Né dans l'inné des profondeurs
Surgi, oui
Presque innocent
Et invisible
Indivisible aussi

Que dire au désir né
Son aube est dans ta main
Joyau brillant
Mais balle aussi
Pour jongler fort et haut

Que dire de ce désir
Tenu au loin
Mais fier encore
Il te regarde
Te cueille sans te prendre jamais
Il est présent
Ange tentateur et démon protecteur
Lui, c'est toi

Que dire, dis-moi, que dire
Au désir qui transpire en déluges secrets
Campé là sans conquête
Et doux, si doux à tant vouloir de toi

L'appeler de ton nom
L'apaiser de ton rire
L'apprivoiser à ton sourire
Et lui dire au creux de ses paumes sauvages
Un mot de feu, de joie et de douleur

Viens....


 Leïla Zhour

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Et nous n'échangerons pas
Le quartz d'ici
Contre les diamants du ciel

Ici la vie vécue
Ici le rêve perdu
Ici le chant enfoui
Ici le rythme rompu
Que nous avions jetés au vent
-à quel âge ingrat?

Que les cristaux de roche
Ont conservés intacts

A notre insu


François Cheng

17.1.19

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Un simple souffle, un noeud léger de l'air,
une graine échappée aux herbes folles du Temps, 
rien qu'une voix qui volerait chantant
à travers l'ombre et la lumière,

S'effacent-ils : aucune trace de blessure.
La voix tue, on dirait plutôt, un instant,
l'étendue apaisée, le jour plus pur.
Qui sommes-nous, qu'il faille ce fer dans le sang ?


Philippe Jaccottet


15.1.19

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Je fore,
Je creuse.

Je fore
Dans le silence

Ou plutôt
Dans du silence,

Celui qu’en moi
Je fais.

Et je fore, je creuse
Vers plus de silence,

Vers le grand,
Le total silence en ma vie

Où le monde, je l’espère,
Me révélera quelque chose de lui.

Guillevic


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C’est juste ce qu’il faut d’or pour attacher le jour à la nuit, cette ombre (ou ici cette lumière) qu’il faut que les choses portent l’une sur l’autre pour tenir toutes ensemble sans déchirure. C’est le travail de la terre endormie, une lampe qui ne sera pas éteinte avant que nous ne soyons passés.

Philippe Jaccottet

14.1.19

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De quoi le temps te change-t-il ?
Enfant, tu restais muet devant le canevas d'une araignée la neige clandestine venue de nuit à pas de loup, de feuilles mortes
Aujourd'hui en tête à tête avec ta fenêtre tu écris des mots dont tu fais provision de clarté
Ton cœur ne cesse de battre semelle au seuil de chaque jour
La rosée te prête ses yeux pour lire dans le ciel sans ride et dans les mains loyales de la terre ce qu'a d'inouï
Cette humble vie.

G.Baudry


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"Dans le sud, on offre le linge au vent pour lui tenir compagnie, les voiles lui piquent une traversée"
Erri De Luca


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11.11.18

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Le voyage des corps est silencieux.
On dirait des oiseaux sans un bruit
qui glissent sur la vitre. Une main
les accompagne parfois, un geste.
La peau est bleue.

Le temps s'est arrêté. Le cœur bat:
il remplit la chambre. Le souffle
cherche le souffle, les visages
sont au bord de l'oubli.
 Retiens-moi, dit la voix, garde-moi
dans ta soif, deviens l'instant qui brûle,
le vide qui me commence.
Fais tomber les images.

Elle parle. On n'entend pas.
Les corps n'ont plus de bouche.
Ils flottent, mais il n'y a pas d'eau.
De l'air, peut-être, une lueur
sur la vitre. On ne voit pas.

J.Ancet

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Qui tu te rêves entoure-le de grands murs
Puis, où le jardin est visible
Depuis la grille de la porte
Plante les fleurs les plus joyeuses,
Pour qu’on t’imagine ainsi.
Là où personne ne le voit ne mets rien.
Fais des parterres pareils à ceux des autres,
Que les regards puissent entrevoir
Ton jardin comme tu leur montreras.
Mais où tu es toi-même, sans que jamais personne ne le voie
Laisse les fleurs qui du sol grandissent
Et laisse les herbes naturelles prospérer.
Fais de toi un être double bien gardé;
Et que quiconque voit et regarde ne puisse plus
Savoir de quel jardin tu es –
Un jardin ostensible et réservé,
Derrière lequel la fleur native touche
L’herbe si pauvre que toi-même à peine ne la vois.

Fernando Pessoa

10.11.18

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Ne pas se séparer du monde. On ne rate pas sa vie lorsqu'on la met dans la lumière.
Tout mon effort, dans toutes les positions, les malheurs, les désillusions,
c'est de retrouver les contacts.
Et même dans cette tristesse en moi quel désir d'aimer et quelle ivresse
à la seule vue d'une colline dans l'air du soir.
Contacts avec le vrai, la nature d'abord, et puis l'art de ceux qui ont compris,
et mon art si j'en suis capable.
Sinon, la lumière et l'eau et l'ivresse sont encore devant moi,
et les lèvres humides du désir.
Désespoir souriant.
Sans issue, mais exerçant sans cesse une domination qu'on sait vaine.
L'essentiel : ne pas se perdre,
et ne pas perdre ce qui, de soi, dort dans le monde.

Albert Camus Carnets I Cahier I Mai 1936

5.11.18

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A quelle roche
Se mesurer
Les doigts entaillés
De parois sombres
Et profondes
Le cœur obscurci ?
Au centre du noyau
La lumière s’écartèle
Repousse les parois

Fissures
Et voix


V.Canat de Chizy, Fissures et voix,

3.11.18

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longue pluie d'automne
la cascade est pleine de larmes
les arbres se taisent


31.10.18

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L'imagination, ça consiste à raconter les petits bouts de poésie qui nous sont offerts par le réel.
D. Pennac


29.10.18

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Saisir un peu de la beauté du monde
quand la montagne qui s’éveille
hésite entre l'ombre et la lumière
comme on ouvre un rideau
sur le soleil naissant

Saisir un peu du mystère de nos vies
quand le lac pensif au fond du paysage
hésite entre gris vert ou bleu gris
comme pour suspendre un temps
la fraîcheur de l’aurore

Ecarter l’ombre, garder le bleu
et dans la chambre jaune
saisir ta main et choisir la lumière

Ev

27.10.18

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vent d'octobre
au creux des vagues blanches
une feuille égarée



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Il n’y aura entre elle et vous que ce qu’il y a entre les gens, parfois, qui existe sans jamais atteindre les consciences, sans jamais arriver nulle part dans le monde : un amour de nulle part. Un amour de nul amour. On ne sait pas comment le nommer. On peut dire l’amitié, si on veut. C’est un des mots les plus proches. On peut dire aussi le début de l’automne, la faiblesse des lumières dans le ciel, l’invisible paysage. 

Christian Bobin

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Les sommets ne sont pas des endroits où on peut habiter. Ils sont inhabitables. Les sommets ce sont des impasses parce qu’on ne peut plus avancer, il faut descendre, se retirer, comme dans toutes impasses. C’est une impasse très panoramique, bien entendu, mais reste la moitié du voyage qui se complète, quand, un alpiniste comme moi, revient au point de départ.
Erri De Luca

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Pas une chose au monde qui ne soit nuage. 
Nuages, les cathédrales, pierre imposante et bibliques verrières, qu’aplanira le temps. 
Nuage l'odyssée, mouvante, comme la mer, neuve toujours quand nous l’ouvrons. 
Le reflet de ta face est un autre, déjà, dans le miroir et le jour, un labyrinthe impalpable.
Nous sommes ceux qui partent. 
Le nuage nombreux qui s’efface au couchant est notre nuage. 
Telle rose en devient une autre, indéfiniment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.

Jorge Luis Borges / Les Conjurés

26.10.18

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Dans l’avenir à découvert
Comme dans une larme de feu
Où rien ne va à la cendre
Où rien ne va au remords
On comprend qu’il y a de l’or
Qui règne sous la peau
Et une vague violente qui n’espérait que ça

André Velter ( Avec un peu plus de ciel)



25.10.18

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J’ai derrière le ciel un ciel pour revenir, mais
Je continue à polir le métal de ce lieu, et je vis
Une heure qui discerne l’invisible. Je sais que le temps
Ne sera pas par deux fois mon allié, et je sais que je sortirai de ma
Bannière, oiseau qui ne se pose sur nul arbre

Mahmoud Darwich

24.10.18

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Quand le ciel atteint le profond de l'eau qui tremble,
il n'y a plus d'en haut, il n'y a plus d'en bas,
juste un instant de sérénité




19.10.18

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Mais quand je marche seul
sur les rochers ou les prés marins
c’est le silence qui s’illumine
et je ne pense ni à la culture
ni même à la subsistance
il n’est question
que d’aller plus loin au-dehors
toujours plus loin au-dehors
vers l’extrême ligne de lumière.

Kenneth White, Un monde ouvert,

8.9.18

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Entre la foi et l’incrédulité, un souffle,
entre la certitude et la doute, un souffle.
Sois joyeux dans ce souffle présent où tu vis,
car la vie elle-même est dans le souffle qui passe.

Omar Khayam
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6.1.18

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Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut alors prendre un voilier : le cap  (le foc bordé à bord et la barre dessous) qui le soumet à la dérive du vent et de la mer ou la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévus, imposée par les compagnies de transports maritime.
... Vous connaissez sans doute un voilier nommé «  désir ».

                                                                                                      H.Laborit

23.12.17

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De quoi le temps te change-t-il ?
Enfant, tu restais muet devant le canevas d'une araignée la neige clandestine venue de nuit à pas de loup, de feuilles mortes
Aujourd'hui en tête à tête avec ta fenêtre tu écris des mots dont tu fais provision de clarté
Ton cœur ne cesse de battre semelle au seuil de chaque jour
La rosée te prête ses yeux pour lire dans le ciel sans ride et dans les mains loyales de la terre ce qu'a d'inouï
Cette humble vie.

G.Baudry

16.12.17

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J'adhère à la réversibilité des choses
Je crée des fleurs sans tiges
et des proportions sans mesure 
par ma seule volonté d’affirmer 
au bout de la course 
l’invraisemblable présence d’une caresse 
sur l’épaule droite du bonheur

Bluma Finkelstein


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Il y a des poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux, qui ne boivent pas la rosée des fleurs, qui ne se penchent pas sur la source, qui n’aiment pas les jeunes filles à l’instant du bourgeon.
Ils ont un visage dur et une odeur d’hiver qui dédaignerait la neige.
Ils parlent de chevaux, de labours, d’humbles herbes, d’enfants sans jouets.
L’amour y semble caché mais apparaît soudain aux trous de l’étoffe avec son insolent éclat de toujours.
Ils sont avides comme des rustres. Ils ont de grosses mains. Leur rire est triste. Ils grelottent. Ils ont faim. Ils donnent à manger. Le sang coule d’eux, frais, rouge et vite noir, luisant comme un long regard échappé.
Les poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux ont une santé à briser le monde.
Il leur arrive de montrer vraiment l’intérieur du corps qui est rouge et l’intérieur de l’âme qui est noir et vide.


Gil Pressnitzer 

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(Photo C.Gore)
Regards de sang et d'eau vive
D'attachement ou de haine
D'absence ou d'intime présence

Regards de feu ou de froid
De diamant ou de sable
De paix de guerre
De misère ou de joie

Regards du voyeur ou de l'aveugle
Egarés ou fixes
Fuyants ou séducteurs

Chaque regard est poème
Romance triste quête du graal
Pas un regard ne se ressemble
Dans les bras serrés du désir

Face à la mort
Aux yeux crevés

J.L.Maxence

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Peut-être dans l'assoiffé, l'obscur, le rapide
déchirement du jour
t'es-tu peu à peu changé en autre chose
limitrophe de toi,
pas toi.
Tu ne te
retrouves pas 
si tu reviens à tâtons
au corps qui fut le tien,
au lieu où avait brûlé
jusqu'au blanc du rêve
le métal de l'amour.
Dépose ton visage
qu'à présent tu ne connais plus.
Laisse fuir tes paroles,
libère-les de toi
et passe lentement
sans mémoire et aveugle,
sous l'arc doré
qu'étend là-haut le vaste automne
comme un hommage posthume aux ombres


J.A. Valente

.

...
Ce qu'il y a on n'en sait rien
un soleil sans doute sur le point de
disparaître l'éblouissement
avant la nuit de ce qui se perd
toujours ou au contraire
l'éclat de ce qui vient la neige au matin
un silence plein de cris d'enfants
qu'on ne voit pas mais qu'on sent tout près
là comme un souffle entre deux instants

J.Ancet