8.9.18

.


Entre la foi et l’incrédulité, un souffle,
entre la certitude et la doute, un souffle.
Sois joyeux dans ce souffle présent où tu vis,
car la vie elle-même est dans le souffle qui passe.

Omar Khayam
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6.1.18

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Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut alors prendre un voilier : le cap  (le foc bordé à bord et la barre dessous) qui le soumet à la dérive du vent et de la mer ou la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévus, imposée par les compagnies de transports maritime.
... Vous connaissez sans doute un voilier nommé «  désir ».

                                                                                                      H.Laborit

23.12.17

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De quoi le temps te change-t-il ?
Enfant, tu restais muet devant le canevas d'une araignée la neige clandestine venue de nuit à pas de loup, de feuilles mortes
Aujourd'hui en tête à tête avec ta fenêtre tu écris des mots dont tu fais provision de clarté
Ton cœur ne cesse de battre semelle au seuil de chaque jour
La rosée te prête ses yeux pour lire dans le ciel sans ride et dans les mains loyales de la terre ce qu'a d'inouï
Cette humble vie.

G.Baudry

16.12.17

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J'adhère à la réversibilité des choses
Je crée des fleurs sans tiges
et des proportions sans mesure 
par ma seule volonté d’affirmer 
au bout de la course 
l’invraisemblable présence d’une caresse 
sur l’épaule droite du bonheur

Bluma Finkelstein


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Il y a des poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux, qui ne boivent pas la rosée des fleurs, qui ne se penchent pas sur la source, qui n’aiment pas les jeunes filles à l’instant du bourgeon.
Ils ont un visage dur et une odeur d’hiver qui dédaignerait la neige.
Ils parlent de chevaux, de labours, d’humbles herbes, d’enfants sans jouets.
L’amour y semble caché mais apparaît soudain aux trous de l’étoffe avec son insolent éclat de toujours.
Ils sont avides comme des rustres. Ils ont de grosses mains. Leur rire est triste. Ils grelottent. Ils ont faim. Ils donnent à manger. Le sang coule d’eux, frais, rouge et vite noir, luisant comme un long regard échappé.
Les poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux ont une santé à briser le monde.
Il leur arrive de montrer vraiment l’intérieur du corps qui est rouge et l’intérieur de l’âme qui est noir et vide.


Gil Pressnitzer 

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(Photo C.Gore)
Regards de sang et d'eau vive
D'attachement ou de haine
D'absence ou d'intime présence

Regards de feu ou de froid
De diamant ou de sable
De paix de guerre
De misère ou de joie

Regards du voyeur ou de l'aveugle
Egarés ou fixes
Fuyants ou séducteurs

Chaque regard est poème
Romance triste quête du graal
Pas un regard ne se ressemble
Dans les bras serrés du désir

Face à la mort
Aux yeux crevés

J.L.Maxence

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Peut-être dans l'assoiffé, l'obscur, le rapide
déchirement du jour
t'es-tu peu à peu changé en autre chose
limitrophe de toi,
pas toi.
Tu ne te
retrouves pas 
si tu reviens à tâtons
au corps qui fut le tien,
au lieu où avait brûlé
jusqu'au blanc du rêve
le métal de l'amour.
Dépose ton visage
qu'à présent tu ne connais plus.
Laisse fuir tes paroles,
libère-les de toi
et passe lentement
sans mémoire et aveugle,
sous l'arc doré
qu'étend là-haut le vaste automne
comme un hommage posthume aux ombres


J.A. Valente

.

...
Ce qu'il y a on n'en sait rien
un soleil sans doute sur le point de
disparaître l'éblouissement
avant la nuit de ce qui se perd
toujours ou au contraire
l'éclat de ce qui vient la neige au matin
un silence plein de cris d'enfants
qu'on ne voit pas mais qu'on sent tout près
là comme un souffle entre deux instants

J.Ancet

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Ne vous laissez pas abuser. Souvenez-vous de vous méfier. Et même de l'évidence: elle passe son temps à changer. Ne mettez trop haut ni les gens ni les choses. Ne les mettez pas trop bas. Non, ne les mettez pas trop bas. Montez. Renoncez à la haine: elle fait plus de mal à ceux qui l'éprouvent qu'à ceux qui en sont l'objet. Ne cherchez pas à être sage à tout prix. La folie aussi est une sagesse. Et la sagesse, une folie. Fuyez les préceptes et les donneurs de leçons. Jetez ce livre. Faites ce que vous voulez. Et ce que vous pouvez. Pleurez quand il le faut. Riez.
J'ai beaucoup ri. J'ai ri du monde et des autres et de moi. Rien n'est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra. Et je mourrai moi aussi. La vie est belle.

J.D’Ormesson

3.12.17

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Ne me possède pas
ne me divise pas
Apprends-moi qui je suis
Laisse-moi une parole libre
mon seul bien
des mots anciens
Respecte en moi
mes pensées girouettes
mes tâtonnements
Ne protège pas mes peurs
Laisse-moi m'interroger
sans me répondre
laisse-moi inventer l'irréel
Laisse-moi oser
réaliser l'irréalisable
ma parole est moi
même si elle me trahit parfois
au malhabile des mots
Offre-moi
de découvrir et de dire
tout ce que je ne sais pas
encore.

J.Salomé

29.11.17

.


Nous sommes revenus à notre origine.
Ce fut le lieu de l'évidence, mais déchirée.
Les fenêtres mêlaient trop de lumières,
les escaliers gravissaient trop d'étoiles
qui sont des arches qui s'effondrent, des gravats,
le feu semblait brûler dans un autre monde.
Et maintenant des oiseaux volent de chambre en chambre,
les volets sont tombés, le lit est couvert de pierres,
l'âtre plein de débris du ciel qui vont s'éteindre.
Là nous parlions, le soir, presque à voix basse
à cause des rumeurs des voûtes, là pourtant
nous formions nos projets : mais une barque,
chargée de pierres rouges, s'éloignait
irrésistiblement d'une rive, et l'oubli
posait déjà sa cendre sur les rêves
que nous recommencions sans fin, peuplant d'images
le feu qui a brûlé jusqu'au dernier jour.

Y.Bonnefoy

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La vie en somme
M’aura donné de tout
A satiété

Poil à gratter
Poudre à éternuer
Et d’escampette

Et la sagesse
D’aller sans cesse ailleurs
Cerner
Gratter
Creuser le vide

Le vide seul en fin de compte
N’a pas changé
Le vide seul

Aussi j’y tiens...
P. Vencensini  ..

28.11.17

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Roule, roule, sort à deux têtes, 
roule, houle profonde, 
sortie des planètes de nos corps retrouvés. 

Soleil pour les retards, 
sommeil d'ébène, 
sein de mon fruit d'or. 

Etendus, 
nous embrassons l'orage, 
nous embrassons l'espace, 

nous embrassons le flot, le ciel, les mondes, 
tout avec nous aujourd'hui tenons embrassé, 
faisant l'amour sur l'échafaud.


H.Michaux

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Egarés dans la poussière d'un sillon
Vieux tracés oubliés
Nous regardons les larmes
De l'arrière-paysage

L'oeil du monde
Sa nuit captive

Tu vois,
tout se joue à l'instant des murmures
quand la glaise s'embrase
aux feux de nos cicatrices.

Mathieu Baumier

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Je n’aurai pour tout dire 
Écrit sur mon chemin 
Que mon incertitude 
La buée qui recouvrait la vitre 
Et peut-être la vitre 
Mais jamais la fenêtre 
Et jamais le chemin .

P. Vincensini

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Le premier homme de la préhistoire qui composa un bouquet de fleurs fut le premier à quitter l'état animal ; il comprit l'utilité de l'inutile.
Okakura Kakuzo

24.10.17

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Combien de ports pourtant, et dans ces ports
combien de portes, t'accueillant peut-être.
Combien de fenêtres
d'où l'on voit ta vie et ton effort.

Combien de grains ailés de l'avenir
qui, transportés au gré de la tempête,
un tendre jour de fête
verront leur floraison t'appartenir.

Combien de vies qui toujours se répondent ;
et par l'essor que prend ta propre vie
en étant de ce monde,
quel gros néant à jamais compromis.


Rainer Maria Rilke

30.6.17

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...Je laisse à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance...celle-là au creux moite d'un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l'oiseau, la voile, le vent et la vague. 
Tu gardes la plus tenace: une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau... 
Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plus rien de moi, jusqu'au jour où mes pas s'arrêteront et où s'envolera de moi une dernière petite ombre... 
Qui sait où?

Colette

29.6.17

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De chute en chute
de silence en silence
tu tends les mains en vain.
Les eaux se séparent
et tu tombes dans la poussière
du désert. Tu viens toujours
de naître.

De brûlure en brûlure
de soleil en soleil
tu tends la main en vain.
les cœurs se séparent
et tu tombes dans la matière
du vide. Tu viens toujours
de naître.

De rêve en rêve
de réveil en réveil
tu tends la main en vain.
Les vies se séparent
et tu tombes dans les abysses
de l'absence. Tu viens enfin
de naître.


Alain Suied

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Il ressemblait à l'absolu
J'ai tiré dessus.
Les plombs étaient en vérité
La poudre était en volupté
Je l'ai raté.

C.Pozzi

10.5.17

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Cette roue sous laquelle nous tournons 
Est pareille à une lanterne magique 
Le soleil est la lampe ; le monde, l'écran ; 
Nous sommes les images qui passent.

Omar Khayyam

10.4.17

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Vous demandez comment le sentiment d'aimer pourrait survenir. 

Elle vous répond : Peut-être d'une faille soudaine dans la logique de l'univers. 
Elle dit : Par exemple d'une erreur. 
Elle dit : jamais d'un vouloir. 
Vous demandez : Le sentiment d'aimer pourrait-il survenir d'autre chose encore ? 
Vous la suppliez de dire. 

Elle dit : 

De tout, 
d'un vol d'oiseau de nuit, d'un sommeil, 
d'un rêve de sommeil,
 de l'approche de la mort, 
d'un mot, 
d'un crime, 
de soi, 
de soi-même, 
soudain sans savoir comment .

Marguerite Duras

7.4.17

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Voyager ne sert pas beaucoup à comprendre mais à réactiver pendant un instant l'usage des yeux : la lecture du monde.
I.Calvino

Test tirage tableau photo réalisé par:   http://www.saal-digital.fr/
Je recommande ce site pour la très bonne qualité des produits 

1.3.17

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Bonjour à toi
Le jour advient

Et se surprend
Et se souvient

_Frayeur soumise
douleur vaincue_

Et se fait don
Bleu ébloui.

F. Cheng

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Je me souviendrai de ta fragile révolte
Je me souviendrai de ta robe de bal
Le déguisement de ta beauté démasqué déjà
Et tout entière dans la peine immense de t’être
trompée peut-être de jeunesse
Je me souviendrai du bal où tout était masqué sauf le
masque
Je me souviendrai de ta robe verte et rouge qui pleurait
dans tes yeux
Je me souviendrai du glas de la profonde misère

J. Prevel

14.2.17

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Tu n'es que par ce que tu transmets et non par ce que tu crois être.

D. Pons (Aux sources de la présence) 

6.2.17

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Et si demeure
Autre chose qu'un vent, un récif, une mer,
Je sais que tu seras, même de nuit,
L'ancre jetée, les pas titubant sur le sable,
Et le bois qu'on rassemble, et l'étincelle
Sous les branches mouillées, et, dans l'inquiète
Attente de la flamme qui hésite,
La première parole après le long silence,
Le premier feu à prendre au bas du monde mort.


Y.Bonnefoy


24.1.17

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Quand le lézard tracera la fissure
au coeur de la pierre
Le pavot du pré se rappellera
de nos noms emmêlés
Midi d'un été de pur échange
Un cri muet déchirant les reins les lèvres
A l'heure où toute vie, suspendue
en une grappe de fruits
Un jour, ici, midi d'un été
Sans ombre autre que la nôtre, trop humaine
pour prendre racine
Et trop tard pour établir demeure



F.Cheng

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Vague sur l'âme
Le temps fuit mes avances

Quoi d'autre après le bleu?

Ev

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Froidure de l'hiver
Pixels de cristal
Quand le regard s'approche

L'éclat se vit intensément

Ev

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Ocres rouges et ors fanés
La fusion silencieuse
De l’eau du temps et du métal
Forge des paysages
Aux contours incertains

Noir de carbone et noir de mars
La pierre éternelle
S’oppose à la nuit
Le feu combat la mort
Et sa prison de glace

Blanc de titane ou blanc de zinc
C’est dans les traces fossiles
Arrachées aux larmes de la rouille
Que L’artiste alchimiste
Va chercher la lumière


Ev

.



Lorsque nos dernières retenues se troublent au plus près du désir
Et que nos courbes incertaines deviennent le miroir de nos sens,
Tout commence et tout se fond dans le gel du temps.
..... Alors la glace se brise
Et nos noces de feu explosent et se noient
Dans la belle illusion
D'un été imposteur


Ev


.


J’ai traversé des seuils rencontré le partage
J’imaginais des sons des saveurs des reflets
J’inventais une durée par-delà tout naufrage
J’ai gravé l’avenir dans la moelle du passé

Je réduisais les murs
Transperçais les enceintes
J’ai aimanté les mots
J’ai dansé le silence
Sur les nervures du temps

J’ai comblé d’herbes
Les gouffres les brèches les failles
Enroulé de soleils la spirale des nuits

Au versant des carnages
J’ai sauvegardé l’oiseau.


Andrée Chedid

2.1.17

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Il y a ces choses qui se replient
ferment leurs ailes,
La stricte déférence du mot « fin ».
On devine parfois les destins
à des lueurs mouvantes.
Ou bien la seule fêlure d’une vitre
dessine la toute dernière image.
Ceux qui vont de l’avant un jour ou l’autre se retournent
Inquiets d’avoir oublié une page.
L’immobilité n’est-elle pas aussi passagère que la hâte ?
La gloire monte au ciel une fumée 
que l’on s’empresse d’écarter
pour mieux voir l’épaule blanche en bas du cadre

J.L.Steinmetz



28.12.16

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J’écris pour la beauté du geste
J’écris pour les mots
J’écris pour les sens
J’écris parce que rien n’a de sens
J’écris sans les maux
J’écris sans les mains …même pas peur
J’écris quand je t’aime
J’écris quand je ne t’aime pas
Je t’aime parce que je t’écris
j’écris les corps, j’écris les cris
J’écris pour toi et contre moi
J’écris à l’envers
J’écris à mes torts et à travers toi

Est-ce que je t’aime ?
Tu crois ?

Ev

23.12.16

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Il aurait fallu laisser parler la voix, l'écouter, légère, dans la transparence du jour. Sans doute alors aurions-nous compris ce que le temps nous cache aujourd'hui. D'autres voix parlent aussi mais brouillées, traversant l'heure sans l'habiter. Nous regardons le ciel, son bleu brumeux, ces fleurs un peu plus lointaines chaque jour, plus blanches pourtant, plus lumineuses. Nous nous taisons. Nous ne comprenons pas

J.Ancet

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Je cherche ce que je ne trouverai pas
je le sais mais je cherche
car dans chercher il y a trouver
comme un arbre sans son ciel
comme un chemin sans son terme
qui avance et chaque pas
le recommence
et il te mène vers ce qui vient
et recule et t’appelle et te
déchire comme le jour déchire la nuit
ou est-ce l’inverse
ou est-ce le temps
qui me coule des yeux
et c’est pourquoi je ne vis
rien devant rien derrière je marche
sur un fil au milieu du jour je
vacille je heurte
un morceau de lumière

J.Ancet

.


Il y a le temps. 
On ne sait pas. 
On y est, il vous traverse. 
On ne sait rien. 
On se retourne et que voit-on ? 
Un chemin ? 
Moins, peut-être, des traces qui se perdent. Moins, encore, ce miroitement évaporé. Comme si rien n’avait jamais été. Comme si de rien. Alors, pour voir, pour savoir quand même, on trouve quelques mots. Journal, dit-on. Oui, si dans « journal », c’est « jour » qu’on veut entendre. Écrire le jour, ses odeurs, ses lueurs, ses rumeurs. Ce qui s’approche, s’éloigne. Comment parler ce pli, cet instant où tout bascule ? Ce fil où l’on attend, en équilibre ? Avec le corps devenu écoute, regard. Chaque poème est comme une fenêtre. Un petit rectangle de mots qui donne sur ce qu’on ne sait pas. Sur la lumière et sur les ombres. Sur les visages et sur les gestes. Sur les paroles, sur les cris. 
Sur ce tissu du monde où, parfois, quand vient le silence, on entend que quelqu’un respire. 

J.Ancet

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Partout on s’emmène soi-même. 
Alors partir sans vouloir un ailleurs. 
Partir pour se trouver. 
Dans le silence, dans l’espace. 
Juste au-dessus du temps, juste au-delà des peines. 
Partir sans oublier. 
Pour regarder plus haut, faire semblant de se laisser aller au vent. 
Pour inventer le sens du fil qui nous attache. 

P. Delerm 

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Vague est le pont qui passe à demain de naguère
Et du milieu de l’âge on est des deux côtés
Le mur ne fait pas l’ombre et n’est pas la lumière
Qu’on appelait l’hiver qu’on nommera l’été

Il n’est pierre de moi qui dorme quand tu danses
Chacune est une oreille et chacune te voit
Ton immobilité me tient lieu de silence
Et chacun de tes mots tombe à l’envers de moi

Je dis à mots petits de grands espaces d’âge
Qui font en leur milieu croire qu’il est midi
J’ai peur d’être le pont qui prend pour son voyage
Le voyage de l’eau entre ses bras surpris

Il va neiger tantôt d’une neige si calme
Sur des rives de moi où j’hésite à courir
Que je m’attache à tout ce qui me semble halte
Sur la courbe attelée aux chevaux de mourir

G.Vigneault

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Au souvenir de qui je fus, je vois un autre,
Et le passé n’est le présent qu’en la mémoire.
Qui je fus est un inconnu que j’aime,
Et qui plus est, en rêve seulement.
De nostalgie blessée mon âme se languit
Non pas de moi-même, ou du passé que je vois,
Mais de celui que j’habite
Derrière mes yeux aveugles.
Rien, hormis l’instant, ne sait rien de moi.
Même mon souvenir n’est rien, et je le sens bien
Que celui que je suis et ceux-là que je fus
Sont rêves différents

F. Pessoa

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On est là, en équilibre.
La lumière est traversée
d’ombres brèves. On reste encore
pour l’espace, pour les branches,
pour l’ombre bleue, pour le merle,
pour les visages un instant 
dans le jour sans nom. Pour ce 
qui ne revient pas. On reste 
encore pour ce qui vient.

J.Ancet


22.12.16

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Reste devant la porte si tu veux qu’on te l’ouvre. Rien n’est fermé jamais, sinon à tes propres yeux. »
Farid Al-Din 'Attar

19.9.16

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La route est large et vide. L’aube va poindre dans quelques heures. Un autre jour, encore un autre, chargé de possibilités exceptionnelles et de probable banalité. Le choix. Le choix est tout et il n’est rien. L’histoire peut bien tourner ou virer à la tragédie. Mais la route est toujours là, elle, et que cela nous plaise ou non, nous devons la parcourir.
Comment nous la négocions ? Qui nous découvrons en chemin ?  L’amour est sans cesse la quête fondamentale, car que signifie une route sans destination concrète ? De quelle façon pourrions nous maintenir cette avancée impétueuse mais toujours moins aisée sans quelqu’un pour ralentir la course effrénée, pour lui donner un peu de sens, pour conférer un but crédible à ce périple ?
Il y a la route. Le jour suivant. Ce qui se profile à l’horizon. L’espoir d’une révélation et la crainte qu’elle ne se présente plus jamais à vous. Le besoin de se dire que la vie vaut pour ses actes 2 et la nécessité de continuer. La solitude au cœur de la condition humaine et le désir de la rompre, de rencontrer, d’échanger, et la peur inhérente à la rencontre à l’échange. Et au milieu de ces forces discordantes, il y a aussi l’instant.
L’instant qui peut tout bouleverser ou ne rien changer. L’instant qui nous induit en erreur ou nous révèle enfin qui nous sommes, ce que nous cherchons, ce que nous voulons obstinément approcher et qui restera peut-être à jamais hors d’atteinte.
Peut-on vraiment échapper à l’instant ?

D.Kennedy

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Tout se perd et tout se confond, tout est léger, tout est fragile. 
On ne possède rien. 
Tout juste sans bouger quelques secondes de beauté, une patience ronde, sans désir. 
Un peu de bonheur sage passe ; on le retient entre le pouce et le majeur de ses deux mains. 
Il faut toucher à peine.
J'ai appris à toucher à peine, à effleurer. 
Je venais d'une immobilité complète, et ces gestes me convenaient.

Philippe Delerm 

18.9.16

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Pour peu que l’on subisse assez de pertes, le passé devient à la longue ce qui était d’abord l’avenir : un lointain où laisser vagabonder la rêverie, un horizon derrière lequel une seconde chance reste toujours possible et où en dépit du caractère irrémédiablement révolu de toute chose, l’énigmatique espoir continue d’exister

 F.P. Thomése     

16.9.16

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Est-ce ainsi que les choses commencent
L'explosion
Le mouvement
La terre en gravité ?

Est-ce ainsi que les choses se consument
L'étoile comme la chair
La haine comme la beauté ?

A.Chedid

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L'ombre ou la proie ....une histoire d'amour


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Nous voyageons à la recherche du néant, mais nous n’aimons pas les trains quand leurs stations sont de nouveaux exils 

Mahmoud Darwich

16.6.16

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Je suis sur la montagne et contemple la baie.
Les bateaux reposent à la surface de l'été.
" Nous sommes des somnambules. Des lunes à la dérive."
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

" Nous errons dans une maison assoupie.
Nous poussons doucement les portes.
Nous nous appuyons à la liberté."
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

J'ai vu un jour les volontés du monde s'en aller.
Elles suivaient le même cours ― une seule flotte.
" Nous sommes dispersées maintenant. Compagnes de personne."
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

Tomas Tranströmer