30.6.17

.



...Je laisse à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance...celle-là au creux moite d'un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l'oiseau, la voile, le vent et la vague. 
Tu gardes la plus tenace: une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau... 
Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plus rien de moi, jusqu'au jour où mes pas s'arrêteront et où s'envolera de moi une dernière petite ombre... 
Qui sait où?

Colette

29.6.17

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De chute en chute
de silence en silence
tu tends les mains en vain.
Les eaux se séparent
et tu tombes dans la poussière
du désert. Tu viens toujours
de naître.

De brûlure en brûlure
de soleil en soleil
tu tends la main en vain.
les cœurs se séparent
et tu tombes dans la matière
du vide. Tu viens toujours
de naître.

De rêve en rêve
de réveil en réveil
tu tends la main en vain.
Les vies se séparent
et tu tombes dans les abysses
de l'absence. Tu viens enfin
de naître.


Alain Suied

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Il ressemblait à l'absolu
J'ai tiré dessus.
Les plombs étaient en vérité
La poudre était en volupté
Je l'ai raté.

C.Pozzi

10.5.17

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Cette roue sous laquelle nous tournons 
Est pareille à une lanterne magique 
Le soleil est la lampe ; le monde, l'écran ; 
Nous sommes les images qui passent.

Omar Khayyam

10.4.17

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Vous demandez comment le sentiment d'aimer pourrait survenir. 

Elle vous répond : Peut-être d'une faille soudaine dans la logique de l'univers. 
Elle dit : Par exemple d'une erreur. 
Elle dit : jamais d'un vouloir. 
Vous demandez : Le sentiment d'aimer pourrait-il survenir d'autre chose encore ? 
Vous la suppliez de dire. 

Elle dit : 

De tout, 
d'un vol d'oiseau de nuit, d'un sommeil, 
d'un rêve de sommeil,
 de l'approche de la mort, 
d'un mot, 
d'un crime, 
de soi, 
de soi-même, 
soudain sans savoir comment .

Marguerite Duras

7.4.17

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Voyager ne sert pas beaucoup à comprendre mais à réactiver pendant un instant l'usage des yeux : la lecture du monde.
I.Calvino

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Je recommande ce site pour la très bonne qualité des produits 

1.3.17

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Bonjour à toi
Le jour advient

Et se surprend
Et se souvient

_Frayeur soumise
douleur vaincue_

Et se fait don
Bleu ébloui.

F. Cheng

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Je me souviendrai de ta fragile révolte
Je me souviendrai de ta robe de bal
Le déguisement de ta beauté démasqué déjà
Et tout entière dans la peine immense de t’être
trompée peut-être de jeunesse
Je me souviendrai du bal où tout était masqué sauf le
masque
Je me souviendrai de ta robe verte et rouge qui pleurait
dans tes yeux
Je me souviendrai du glas de la profonde misère

J. Prevel

14.2.17

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Tu n'es que par ce que tu transmets et non par ce que tu crois être.

D. Pons (Aux sources de la présence) 

6.2.17

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Et si demeure
Autre chose qu'un vent, un récif, une mer,
Je sais que tu seras, même de nuit,
L'ancre jetée, les pas titubant sur le sable,
Et le bois qu'on rassemble, et l'étincelle
Sous les branches mouillées, et, dans l'inquiète
Attente de la flamme qui hésite,
La première parole après le long silence,
Le premier feu à prendre au bas du monde mort.


Y.Bonnefoy


24.1.17

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Quand le lézard tracera la fissure
au coeur de la pierre
Le pavot du pré se rappellera
de nos noms emmêlés
Midi d'un été de pur échange
Un cri muet déchirant les reins les lèvres
A l'heure où toute vie, suspendue
en une grappe de fruits
Un jour, ici, midi d'un été
Sans ombre autre que la nôtre, trop humaine
pour prendre racine
Et trop tard pour établir demeure



F.Cheng

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Vague sur l'âme
Le temps fuit mes avances

Quoi d'autre après le bleu?

Ev

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Froidure de l'hiver
Pixels de cristal
Quand le regard s'approche

L'éclat se vit intensément

Ev

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Ocres rouges et ors fanés
La fusion silencieuse
De l’eau du temps et du métal
Forge des paysages
Aux contours incertains

Noir de carbone et noir de mars
La pierre éternelle
S’oppose à la nuit
Le feu combat la mort
Et sa prison de glace

Blanc de titane ou blanc de zinc
C’est dans les traces fossiles
Arrachées aux larmes de la rouille
Que L’artiste alchimiste
Va chercher la lumière


Ev

.



Lorsque nos dernières retenues se troublent au plus près du désir
Et que nos courbes incertaines deviennent le miroir de nos sens,
Tout commence et tout se fond dans le gel du temps.
..... Alors la glace se brise
Et nos noces de feu explosent et se noient
Dans la belle illusion
D'un été imposteur


Ev


.


J’ai traversé des seuils rencontré le partage
J’imaginais des sons des saveurs des reflets
J’inventais une durée par-delà tout naufrage
J’ai gravé l’avenir dans la moelle du passé

Je réduisais les murs
Transperçais les enceintes
J’ai aimanté les mots
J’ai dansé le silence
Sur les nervures du temps

J’ai comblé d’herbes
Les gouffres les brèches les failles
Enroulé de soleils la spirale des nuits

Au versant des carnages
J’ai sauvegardé l’oiseau.


Andrée Chedid

2.1.17

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Il y a ces choses qui se replient
ferment leurs ailes,
La stricte déférence du mot « fin ».
On devine parfois les destins
à des lueurs mouvantes.
Ou bien la seule fêlure d’une vitre
dessine la toute dernière image.
Ceux qui vont de l’avant un jour ou l’autre se retournent
Inquiets d’avoir oublié une page.
L’immobilité n’est-elle pas aussi passagère que la hâte ?
La gloire monte au ciel une fumée 
que l’on s’empresse d’écarter
pour mieux voir l’épaule blanche en bas du cadre

J.L.Steinmetz



28.12.16

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J’écris pour la beauté du geste
J’écris pour les mots
J’écris pour les sens
J’écris parce que rien n’a de sens
J’écris sans les maux
J’écris sans les mains …même pas peur
J’écris quand je t’aime
J’écris quand je ne t’aime pas
Je t’aime parce que je t’écris
j’écris les corps, j’écris les cris
J’écris pour toi et contre moi
J’écris à l’envers
J’écris à mes torts et à travers toi

Est-ce que je t’aime ?
Tu crois ?

Ev

23.12.16

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Il aurait fallu laisser parler la voix, l'écouter, légère, dans la transparence du jour. Sans doute alors aurions-nous compris ce que le temps nous cache aujourd'hui. D'autres voix parlent aussi mais brouillées, traversant l'heure sans l'habiter. Nous regardons le ciel, son bleu brumeux, ces fleurs un peu plus lointaines chaque jour, plus blanches pourtant, plus lumineuses. Nous nous taisons. Nous ne comprenons pas

J.Ancet

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Je cherche ce que je ne trouverai pas
je le sais mais je cherche
car dans chercher il y a trouver
comme un arbre sans son ciel
comme un chemin sans son terme
qui avance et chaque pas
le recommence
et il te mène vers ce qui vient
et recule et t’appelle et te
déchire comme le jour déchire la nuit
ou est-ce l’inverse
ou est-ce le temps
qui me coule des yeux
et c’est pourquoi je ne vis
rien devant rien derrière je marche
sur un fil au milieu du jour je
vacille je heurte
un morceau de lumière

J.Ancet

.


Il y a le temps. 
On ne sait pas. 
On y est, il vous traverse. 
On ne sait rien. 
On se retourne et que voit-on ? 
Un chemin ? 
Moins, peut-être, des traces qui se perdent. Moins, encore, ce miroitement évaporé. Comme si rien n’avait jamais été. Comme si de rien. Alors, pour voir, pour savoir quand même, on trouve quelques mots. Journal, dit-on. Oui, si dans « journal », c’est « jour » qu’on veut entendre. Écrire le jour, ses odeurs, ses lueurs, ses rumeurs. Ce qui s’approche, s’éloigne. Comment parler ce pli, cet instant où tout bascule ? Ce fil où l’on attend, en équilibre ? Avec le corps devenu écoute, regard. Chaque poème est comme une fenêtre. Un petit rectangle de mots qui donne sur ce qu’on ne sait pas. Sur la lumière et sur les ombres. Sur les visages et sur les gestes. Sur les paroles, sur les cris. 
Sur ce tissu du monde où, parfois, quand vient le silence, on entend que quelqu’un respire. 

J.Ancet

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Partout on s’emmène soi-même. 
Alors partir sans vouloir un ailleurs. 
Partir pour se trouver. 
Dans le silence, dans l’espace. 
Juste au-dessus du temps, juste au-delà des peines. 
Partir sans oublier. 
Pour regarder plus haut, faire semblant de se laisser aller au vent. 
Pour inventer le sens du fil qui nous attache. 

P. Delerm 

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Vague est le pont qui passe à demain de naguère
Et du milieu de l’âge on est des deux côtés
Le mur ne fait pas l’ombre et n’est pas la lumière
Qu’on appelait l’hiver qu’on nommera l’été

Il n’est pierre de moi qui dorme quand tu danses
Chacune est une oreille et chacune te voit
Ton immobilité me tient lieu de silence
Et chacun de tes mots tombe à l’envers de moi

Je dis à mots petits de grands espaces d’âge
Qui font en leur milieu croire qu’il est midi
J’ai peur d’être le pont qui prend pour son voyage
Le voyage de l’eau entre ses bras surpris

Il va neiger tantôt d’une neige si calme
Sur des rives de moi où j’hésite à courir
Que je m’attache à tout ce qui me semble halte
Sur la courbe attelée aux chevaux de mourir

G.Vigneault

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Au souvenir de qui je fus, je vois un autre,
Et le passé n’est le présent qu’en la mémoire.
Qui je fus est un inconnu que j’aime,
Et qui plus est, en rêve seulement.
De nostalgie blessée mon âme se languit
Non pas de moi-même, ou du passé que je vois,
Mais de celui que j’habite
Derrière mes yeux aveugles.
Rien, hormis l’instant, ne sait rien de moi.
Même mon souvenir n’est rien, et je le sens bien
Que celui que je suis et ceux-là que je fus
Sont rêves différents

F. Pessoa

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On est là, en équilibre.
La lumière est traversée
d’ombres brèves. On reste encore
pour l’espace, pour les branches,
pour l’ombre bleue, pour le merle,
pour les visages un instant 
dans le jour sans nom. Pour ce 
qui ne revient pas. On reste 
encore pour ce qui vient.

J.Ancet


22.12.16

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Reste devant la porte si tu veux qu’on te l’ouvre. Rien n’est fermé jamais, sinon à tes propres yeux. »
Farid Al-Din 'Attar

19.9.16

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La route est large et vide. L’aube va poindre dans quelques heures. Un autre jour, encore un autre, chargé de possibilités exceptionnelles et de probable banalité. Le choix. Le choix est tout et il n’est rien. L’histoire peut bien tourner ou virer à la tragédie. Mais la route est toujours là, elle, et que cela nous plaise ou non, nous devons la parcourir.
Comment nous la négocions ? Qui nous découvrons en chemin ?  L’amour est sans cesse la quête fondamentale, car que signifie une route sans destination concrète ? De quelle façon pourrions nous maintenir cette avancée impétueuse mais toujours moins aisée sans quelqu’un pour ralentir la course effrénée, pour lui donner un peu de sens, pour conférer un but crédible à ce périple ?
Il y a la route. Le jour suivant. Ce qui se profile à l’horizon. L’espoir d’une révélation et la crainte qu’elle ne se présente plus jamais à vous. Le besoin de se dire que la vie vaut pour ses actes 2 et la nécessité de continuer. La solitude au cœur de la condition humaine et le désir de la rompre, de rencontrer, d’échanger, et la peur inhérente à la rencontre à l’échange. Et au milieu de ces forces discordantes, il y a aussi l’instant.
L’instant qui peut tout bouleverser ou ne rien changer. L’instant qui nous induit en erreur ou nous révèle enfin qui nous sommes, ce que nous cherchons, ce que nous voulons obstinément approcher et qui restera peut-être à jamais hors d’atteinte.
Peut-on vraiment échapper à l’instant ?

D.Kennedy

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Tout se perd et tout se confond, tout est léger, tout est fragile. 
On ne possède rien. 
Tout juste sans bouger quelques secondes de beauté, une patience ronde, sans désir. 
Un peu de bonheur sage passe ; on le retient entre le pouce et le majeur de ses deux mains. 
Il faut toucher à peine.
J'ai appris à toucher à peine, à effleurer. 
Je venais d'une immobilité complète, et ces gestes me convenaient.

Philippe Delerm 

18.9.16

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Pour peu que l’on subisse assez de pertes, le passé devient à la longue ce qui était d’abord l’avenir : un lointain où laisser vagabonder la rêverie, un horizon derrière lequel une seconde chance reste toujours possible et où en dépit du caractère irrémédiablement révolu de toute chose, l’énigmatique espoir continue d’exister

 F.P. Thomése     

16.9.16

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Est-ce ainsi que les choses commencent
L'explosion
Le mouvement
La terre en gravité ?

Est-ce ainsi que les choses se consument
L'étoile comme la chair
La haine comme la beauté ?

A.Chedid

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L'ombre ou la proie ....une histoire d'amour


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Nous voyageons à la recherche du néant, mais nous n’aimons pas les trains quand leurs stations sont de nouveaux exils 

Mahmoud Darwich

16.6.16

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Je suis sur la montagne et contemple la baie.
Les bateaux reposent à la surface de l'été.
" Nous sommes des somnambules. Des lunes à la dérive."
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

" Nous errons dans une maison assoupie.
Nous poussons doucement les portes.
Nous nous appuyons à la liberté."
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

J'ai vu un jour les volontés du monde s'en aller.
Elles suivaient le même cours ― une seule flotte.
" Nous sommes dispersées maintenant. Compagnes de personne."
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

Tomas Tranströmer

13.6.16

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C'est pourquoi un peu de nuit tremble toujours au coeur des roses, ce coeur poudreux 
où tourne l'un des pivots invisibles du temps.

Sylvie Germain


22.4.16

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Emplie de moi
Emplie de toi.
Emplie des voiles sans fin de vouloirs obscurs.
Emplie de plis.
Emplie de nuit.
Emplie de plis indéfinis, de plis de ma vigie.
Emplie de pluie.
Emplie de bris, de débris, de morceaux de bris.
De cris aussi, surtout de cris.
Emplie d’asphyxie.
Trombe lente.

Henri MICHAUX

5.2.16

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La solitude c'est écouter le vent et 
ne pouvoir le raconter à personne.

Jim Morrison


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Nous n'avons ici, dit-elle, qu'un soleil par mois, et pour peu de temps. 
On se frotte les yeux des jours en avance. 
Mais en vain. 
Temps inexorable. 
Soleil n'arrive qu'en son heure.

Ensuite on a un monde de choses à faire, tant qu'il y a de la clarté, si bien qu'on a à peine le temps de se regarder un peu.

H.Michaux



10.1.16

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Arbres d’hiver
Les lavis bleus de l’aube se diluent doucement.
Posé sur son buvard de brume
Chaque arbre est un dessin d’herbier 
Mémoire accroissant cercle à cercle
Une série d’alliances.

S.Plath


20.12.15

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Ce temps où tu m'aimas, je le sais, s'en ira
il sera remplacé par une époque bleue
et sur les memes os sera une autre peau
ce seront d'autres yeux qui verront le printemps.

Pas un de ceux qui ligotèrent nos journées,
pas un de ceux qui s'adressaient à la fumée,
les gouvernants, les trafiquants, les éphémères,
ne s'agitera plus au coeur de cet toile.

Ils s'en iront les dieux cruels et leurs lunettes,
les carnassiers poilus accompagnés d'un livre,
les pucerons, avec les pipipasseyros.

Et quand le monde enfin viendra d'etre lavé
alors de nouveaux yeux naitront dans la fontaine
et le blé poussera sans que coulent les larmes.


Pablo Neruda, in La centaine d'Amour, Poème 96, p209.


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Je désire dessiner l’écho
Sur la soie de la mémoire
Sur le bois de l’attente.
                 
Je désire écouter l’absence
Pendant qu’elle explique à l’inquiétude ses raisons
Et qu’elle entre avec elle dans un débat tenace et stérile.
                 
Je désire dormir
Sans que mes yeux ne perdent le plaisir d’observer la vie
Pendant qu’elle accompagne les passant au matin
Vers leurs petites affaires quotidiennes.
             
Je désire être ici
Et là
Prêter attention à la pierre de l’oubli
Lorsqu’elle tombe lourde dans le puits des jours prochaines
Et lorsqu’elle annonce de haut
Que les miroirs de l’âme
Ecrivent tout ce qu’on n’a pas dit
Tout ce dont on n’a pas entendu le tintement.

  Rasem Almadhoon


5.12.15

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Grâce au feu qui me cache et m'éclaire,
j'ai vu la rose de nuit dans le désert.
Seule elle pousse dans l'obscur,
dans le cercle limite du feu ; elle est rose d'ombre première,
dessin de parfum et de couleur ;
personne ne la voit,
elle n'est qu'ombre de rose.

Al.A.Heitzmann

2.12.15

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 ...alors on s'enfonce, on traverse
des étendues où le seul futur est le cœur qui bat
comme cet appel auquel on voudrait répondre
et c'est pourquoi on avance, même si à chaque pas
rien ne bouge que le corps obstiné qui poursuit
l'ombre qu'il n'a pas, on aimerait pouvoir
s'arrêter, regarder simplement l'aube qui vient,
poser la main sur la pierre froide et saluer
la lumière, dire les premiers mots, écouter
le crissement du sable, le bruissement de l'eau,
la rumeur des choses qui commencent mais le jour
est déjà le soir, on n'a rien pu saisir, on reste
vacant à regarder ses mains dans l'éclat des lampes
ou sur la vitre l'attente du visage noir,
on se perd, on se retrouve, il y a des silences
remplis de voix, des matins tombés comme des soirs,
plus on avance et moins on sait, on cherche demain
entre des mots qui disent hier, ce qu'on a gagné
on l'a perdu, comparé à ce qu'on a été
on n'est rien, disait-il, mais un rien qui insiste,
on guette entre les signes du corps l'imperceptible
grignotement tandis que sur la fenêtre brille
une sorte de splendeur, on voudrait y entrer,
être le courant et à la fois se voir couler,
on cherche, les choses semblent n'avoir pas bougé
mais quand on veut les prendre, les toucher, simplement,
c'est comme si elles reculaient, s'effaçaient
ne laissant sur les doigts qu'un peu de poussière à peine,
quelque chose qui peut-être ressemble à l'oubli,
alors c'est dans cet oubli qu'on s'avance,
au moment où on croit ne plus rien tenir, c'est là,
un éblouissement minuscule, on est perdu...

J.Ancet

20.11.15

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De tout, il resta trois choses :
La certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu'il fallait continuer,
la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé.

Faire de l’interruption, un nouveau chemin,
faire de la chute, un pas de danse,
faire de la peur, un escalier,
du rêve, un pont,
de la recherche …

une rencontre.

F. Pessoa


12.11.15

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Nous voyons des images qui reflètent le néant,
Nous regardons des corps qui ne sont que du vide.
C’est cueillir la lune au fond de l’eau.
C’est attraper le vent au bout des nuages.
C’est saisir l’invisible,
C’est chercher l’inatteignable.
Les existences suivent leurs destinées,
Elle ne sont que les rêves qui parcourent le sommeil.

Wang Fanzhi –


21.9.15

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(...)
Comme si l'énigme avait une ombre,
Comme si l'absence avait une ombre.
Comme si le vide avait une ombre,
Comme si l'amour était une ombre.
Marcheur qui se cherchait des ailes,
Tu ne croyais pas aux rives infernales
Mais à l'échappée verticale par-delà dédale et fournaise
Avec au fond de l'âme un regard calciné.
Quelle fureur pour se délivrer des furies
Quelle lutte pour éperonner la lumière
Quel assaut insensé pour arrimer le feu, ensauvager l'horizon,
Et quel blasphème pour transpercer le ciel !

Tu voulais chanter sans crainte, espérer sans espoir ni raison, danser comme on se sacrifie


André VELTER


18.9.15

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J’extrais l’irréel
Du champ
De toute matière

Je plante le réel
Au cœur
Des utopies

Je conjugue
Liberté
Sur nos terres engourdies.


Andrée Chedid

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..... Allume!

22.6.15

.




Nous voyons des images qui reflètent le néant,
Nous regardons des corps qui ne sont que du vide.
C’est cueillir la lune au fond de l’eau.
C’est attraper le vent au bout des nuages.
C’est saisir l’invisible,
C’est chercher l’inatteignable.
Les existences suivent leurs destinées,
Elles ne sont que les rêves qui parcourent le sommeil.


Wang Fanzhi


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Crêtes, arêtes
Stries et strates
Échardes dans la main signant de sang
La prime triade
Strates striées
Arêtes des crêtes
Remous du cœur pétrissant de feu
Le suprême faîte
Strates et stries
Arêtes, crêtes

F.Cheng


9.3.15

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Le centre est là
D’où jaillit
        le souffle rythmique
En vivifiante vacuité

Sans qu’on s’y attende
Autour de soi
         et droit au cœur
Voici les ondes
Natives et vastes
Résonnant
Depuis l’ici même
        jusqu’au plus lointain
De leur toujours déjà là
        de leur toujours commençante
Mélodie

(François Cheng)



25.2.15

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Mais non, toujours
D'un déploiement de l'aile de l'impossible
Tu t'éveilles avec un cri,
Du lieu, qui n'est qu'un rêve. Ta voix, soudain,
Est rauque comme un torrent. 
Tout le sens, rassemblé,
Y tombe, avec un bruit
De sommeil jeté sur la pierre."
.....

Yves Bonnefoy, (in; le leurre du seuil)