29.5.08

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Fuir, dans une ligne qui ne définirait pas un avenir mais un devenir, ligne d'émancipation, de libération pour enfin se sentir vivre. Fuir dans un voyage immobile vers des territoires hors de prise parce qu'on peut enfin les tracer. Fuir, riche de ses expériences et de ses souvenirs, fuir, les yeux, le coeur et les bras grands ouverts. Fuir pour toujours désirer, fuir pour inventer toujours.
Fuir vers le bonheur sans peur qu'il ne se sauve...

« Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut alors prendre un voilier : le cap (le foc bordé à bord et la barre dessous) qui le soumet à la dérive du vent et de la mer ou la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévus, imposée par les compagnies de transports maritime.... Vous connaissez sans doute un voilier nommé « désir ». (H Laborit)
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27.5.08

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Le premier langage des humains était fondé sur les gestes. Il n’y avait rien de primitif dans ce langage qui coulait des mains des hommes et des femmes, rien de ce que nous disons aujourd’hui qui n’aurait pu se dire à l’aide de l’ensemble infini des gestes possibles. Les gestes étaient complexes et subtils, ils nécessitaient une délicatesse de mouvement qui, depuis a été complètement perdue.Pendant l’age du silence, les gens communiquaient d’avantage et non pas moins. La simple survie exigeait que les mains ne soient jamais au repos, et ce n’était que durant le sommeil (et encore) que les gens cessaient de se dire des choses. On ne faisait aucune distinction entre les gestes du langage et les gestes de la vie. Le travail que supposait la construction d’une maison par exemple ou la préparation d’un repas n’était pas moins une expression que le geste signifiant Je t’aime ou je suis sérieux . Lorsqu’une main venait protéger le visage de quelqu’un qui était effrayé par un grand bruit, quelque chose était dit, et quand les doigts servaient à ramasser un objet que quelqu’un avait laissé tomber, quelque chose était dit, et même quand les mains étaient au repos, cela aussi disait quelque chose.Naturellement, il arrivait que l’on se comprenne mal. Par moment, il arrivait que quelqu’un lève un doigt pour se gratter le nez, et si par hasard son regard croisait alors celui de son amant ou de son amante, le geste pouvait être mal compris, il ressemblait énormément à celui signifiant je comprends à présent que j’ai eu tord de t’aimer. Ces erreur de compréhension étaient déchirantes. Et pourtant, comme les gens savaient avec quelle facilité elles pouvaient se produire, comme ils n’entretenaient pas l’illusion de comprendre parfaitement ce que les autres disaient, ils avaient l’habitude de s’interrompre mutuellement, afin de demander s’ils avaient bien compris. Parfois ces malentendus étaient même désirables puisqu’ils donnaient aux gens une raison de dire : pardonne moi, je ne faisais que me gratter le nez. Naturellement, je n’ai jamais douté que j’avais raison de t’aimer. Du fait de la fréquence de ces erreurs, avec le temps, le geste pour demander pardon a pris une forme des plus simples. Il suffisait simplement d’ouvrir la paume pour dire : pardonne moi.
[ ...] Si au cours d’une soirée ou encore au milieu de gens dont vous vous sentez distant, vos mains parfois pendent maladroitement au bout de vos bras_ si vous ne savez qu’en faire, si vous êtes envahis par la tristesse en sentant l’étrangeté de votre propre corps_ c’est parce que vos mains se souviennent d’une époque où la division entre l’esprit et le corps, le cerveau et le coeur ce qui est à l’intérieur et ce qui est à l’extérieur, était bien moindre. Nous n’avons pas complètement oublié le langage des gestes. Nous avons gardé l’habitude d’agiter nos mains en parlant. Applaudir, montrer du doigt, signaler du pouce que tout va bien, autant d’artéfacts appartenant à d’anciens gestes.. Se tenir par la main, par exemple est une façon de se rappeler comme il est bon d’être ensemble et de ne rien dire. Et la nuit, quand il fait trop sombre pour voir, il nous faut faire des gestes sur le corps de l’autre afin de nous faire comprendre.
N. Krauss (l'histoire de l'amour)
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26.5.08

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Quand le ciel est si gris dehors, ouvrez une fenêtre sur vos rêves...
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21.5.08

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Tant de mots disparaissent. Ils quittent la bouche et perdent courage, se promènent à l’aventure jusqu’à ce qu’ils soient balayés dans les caniveaux, comme des feuilles mortes. Les jours de pluie, on entend leur choeur qui coule à toute vitesse.
Autrefois, il n’était pas du tout inhabituel d’utiliser un morceau de ficelle afin de guider des mots qui sinon auraient pu vaciller avant d’atteindre leur destination. Les gens timides avaient une petite ficelle dans leur poche mais les personnes que l’on considérait comme des grandes gueules en avaient aussi besoin puisque ceux qui ont l’habitude d’être écoutés par tout le monde sont souvent perdus quand il s’agit d’être écoutés par une seule personne. La distance physique entre deux personnes utilisant une ficelle était souvent petite. Parfois, plus la distance était petite, plus le besoin de ficelle était grand.
La pratique d’attacher des gobelets à l’extrémité de la ficelle est venue bien plus tard. D’aucuns disent que cela vient du désir irrépressible de presser un coquillage contre une oreille afin d’entendre l’écho toujours vivant de la première expression du monde
Quand le monde est devenu plus vaste et qu’il n’y eu plus assez de ficelle pour empêcher que ce que les gens voulaient dire ne disparaisse dans cette immensité, le téléphone fut inventé.
Parfois, il n’y a pas de longueur de ficelle suffisante pour dire les choses qui ont besoin d’être dites. Dans ce cas là, tout ce que peut faire la ficelle, quelque soit sa forme, c’est guider le silence de quelqu’un.
Nicole Krauss (l’histoire de l’amour)
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18.5.08

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Il suffit peut-être simplement de trouver sa place ....Ensuite, les couleurs viendront d'elles-mêmes
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